Basé à Marseille, fondé en 2015 par Lila Hajosi, l’Ensemble Irini est spécialisé en musique ancienne sacrée d’Orient et d’Occident, entre Rome et Constantinople, et reconnu internationalement pour son exigence et ses propositions uniques, hors-normes et audacieuses, loin des codes habituels de la musique ancienne.
L’Ensemble Irini impose aujourd’hui un son à part dans la musique vocale : en effectif polymorphe, sans soprano, l’ensemble illumine pourtant le répertoire orthodoxe ou les compositions de la Renaissance de couleurs nouvelles, chaudes et profondes. De Maria Nostra (2015, disque Choc de Classica en 2018) à JANUA (2023-24) en passant par O Sidera (2019, disque en 2021) et Printemps Sacré, vivre, mourir, (re)naître (2022-24 TTTT de Télérama, 5 étoiles de la Libre Belgique) l’Ensemble Irini ouvre dans ses programmes des dialogues entre l’Orient et l’Occident sacrés, entre la sagesse d’hier et les bouleversements d’aujourd’hui, fidèle en cela à son nom qui signifie “la Paix” en grec.
En 2025-2026, l’Ensemble Irini entre dans une nouvelle ère avec POST TENEBRAS (spero lucem), son programme le plus ambitieux, proposant désormais un répertoire aux prémices du Baroque vénitien et byzantin, en double chœur avec cuivres. La création d’INVICTAE, programme féminin revenant aux sources médiévales de l’ensemble, lui permet de proposer pour la première fois un spectacle total, pluridisciplinaire, avec voix, danse, et mise en espace. Friand d’ouvertures et de collaborations, l’Ensemble Irini co-crée PROPHITISSAI en 2024 avec Tom de Cock, mêlant Lassus, Xenakis et musique grecque antique et byzantine, puis en 2025 THE BOOK OF WOMEN, porté par l’orchestre Ictus. Ces deux créations joignant musique contemporaine et ancienne sont des commandes du MAFestival de Bruges.
Si l’ensemble est aujourd’hui invité dans des lieux et festivals prestigieux en France comme à l’international et soutenu par la Fondation Société Générale et la Caisse des Dépôts c’est grâce à l’énergie de sa directrice, Lila Hajosi et à une solide équipe de chambristes chevronné·e·s. D’abord chanteuse avant de devenir cheffe, Lila Hajosi parvient à incarner ses réflexions musicologiques et esthétiques dans des concerts fascinants, qui nous emportent presque malgré nous.
Lila Hajosi directrice musicale et artistique
D’abord artiste lyrique et musicologue spécialisée dans les musiques anciennes, c’est grâce à l’Ensemble Irini qu’elle a fondé en 2014 que Lila Hajosi prend en 2021 le chemin de la direction de choeur et prochainement d’orchestre. L’Ensemble Irini lui permet de s’affirmer comme directrice artistique au fur et à mesure des programmes qu’elle crée puis dirige.
Elle est formée dès 2012-13 aux Conservatoires d’Aix-en-Provence (Prix Jeune Espoir Dussurget) et Marseille (Premier Prix d’Art Lyrique) en chant, musique ancienne, théâtre, art lyrique et musique de chambre, puis à la Chapelle Musicale Reine Elisabeth (2018-2021) dont elle est boursière. Elle est diplômée en musicologie médiévale à l’Université de Montpellier.
Avant même de commencer ses études musicales elle se découvre une passion pour la direction. En 2011 chantant dans le choeur amateur servant aux élèves de la classe de Roland Hayrabédian à Marseille, elle est fascinée par la finesse et la profondeur du travail de chef et glane secrètement les leçons précieuses auxquelles elle assiste. Cette passion complétée par ses études et enrichie par les enseignements tirés de sa carrière de chanteuse auprès de chefs comme Marc Korovitch, Lluis Vilamajó & Jordi Savall et nourrie par des rencontres comme celles de Teodor Currentzis en master-classe devient, finalement sa vocation. Depuis Septembre 2021 elle se forme auprès du chef d’orchestre Sergio Monterisi.
Après Maria Nostra un premier disque de l’Ensemble Irini sorti en 2018 chez l’empreinte digitale (Choc de Classica), Lila Hajosi crée O Sidera, dont le disque sorti en 2021 et salué par la critique sera son premier opus en tant que cheffe. Lila Hajosi et l’Ensemble Irini collaborent à deux reprises avec le compositeur Zad Moultaka. Depuis 2015 elle emmène son ensemble dans des festivals nationaux et internationaux prestigieux. En 2022, elle dirige notamment l’Ensemble Irini à la Philharmonie de Paris (studio) et devient lauréate du programme REMArkables du REMA. Sa création Printemps Sacré est finaliste des REMA awards de 2022. En 2024, elle collabore avec le percussionniste et chef Tom de Cock pour une version augmentée de O Sidera mêlée d’oeuvres de Xenakis et d’une création à 4 mains basée sur L’hymne delphique à Apollon, première oeuvre écrite connue (-138 av. J-C). En 2025, c’est avec ICTUS et Riccardo Nova qu’elle collaborera pour une création commune. Militante, référente VSS, elle a cofondé le réseau #EllesDirigent destiné à promouvoir le leadership féminin dans la Musique classique. Que ce soit pour l’égalité, la diversité et l’inclusion ou pour la défense du Service Public de la Culture, Lila Hajosi s’exprime régulièrement dans les médias pour porter un idéal de mutualisation des ressources, d’entraide et de résistance à tous les obscurantismes. Passionnée de radio, elle concrétise un rêve en produisant l’émission Agnus D.E.I pour Forum Opéra.
Né en 1997, Gaspard Thomas a remporté un Premier Prix au concours France-Amériques 2019 ainsi qu’un Second prix et 7 prix spéciaux au concours Piano Campus 2019 ; il reçoit en 2023 le Troisième Prix et deux prix spéciaux au Concours Szymanowski de Katowice en Pologne. Il est par ailleurs lauréat des académies Philippe Jaroussky et de Villecroze, des fondations Banque Populaire et Safran. Il est nommé parmi les Talents Adami Classique 2024.
Il se perfectionne actuellement auprès de Benedetto Lupo à l’Accademia Santa Cecilia de Rome.
Gaspard Thomas se produit régulièrement en soliste et a notamment joué avec l’Orchestre Appassionato dirigé par Mathieu Herzog et l’Orchestre Opéra Éclaté sous la baguette de Victor JACOB. En 2023 et 2024, il joue avec l’Orchestre des Lauréats du Conservatoire sous la direction de Lucie Leguay, ainsi que l’Orchestre Philharmonique de la Radio Polonaise et José-Maria Florêncio à Katowice.
Il est invité dans plusieurs festivals en France : Août musical de Deauville, Festival Chopin à Paris, Festival Chopin de Nohant, Lisztomanias, Pianissimes, Piano en Saintonge, Festival de Saint-Céré. On a pu l’entendre notamment à l’Auditorium de Radio France, à l’Auditorium de la Seine Musicale, à l’Orangerie de Bagatelle, au musée Guimet, au showroom parisien Steinway & Sons, à l’Ambassade de Pologne et l’Institut Liszt à Paris. Il participe également au 20e Festival des Nuits Caraïbes en Guadeloupe et se produit aux États-Unis (Ambassade de France à Washington D.C., Consulat français de New York, Doctorow Center of the Arts de Hunter) grâce à la French American Piano Society et l’association Orphée Musique.
Chambriste très apprécié, Gaspard forme un duo avec la violoniste-compositrice Élise Bertrand (Sommets Musicaux de Gstaad en Suisse, Festival de Colmar, tournée de l’AJAM en Alsace, Schubertiade de Sceaux, récital à la Bibliothèque Nationale de France, Festival du Vexin). En formation élargie au trio, leur duo partage la scène avec les violoncellistes Jérémy Garbarg et Hermine Horiot (Palazzetto Bru Zane de Venise, Concerts de Vollore, Rougemont en Suisse, Château de Grignan).
Il est diplômé d’un Master de Piano au CNSMDP mention Très Bien à l’unanimité dans la classe de Claire Désert et a pu travailler lors de masterclasses ou académies avec des artistes tels que Sir András Schiff, Bertrand Chamayou, Bruno Rigutto, David Kadouch, Bernard d’Ascoli, François-Frédéric Guy, Hortense Cartier-Bresson. Ayant notamment étudié dans le même établissement la musique de chambre, l‘accompagnement, l’écriture et l’orchestration, son parcours musical s’enrichit de la rencontre avec des personnalités telles que Thierry Escaich, Fabien Waksman, Anne Le Bozec, Marc-André Dalbavie, Jean‑Frédéric Neuburger, François Salque, Emmanuelle Bertrand.
Également ouvert à la création, il compose en 2019 « Poème », pièce pour 96 pianistes qui a été créée lors d’un concert à la Philharmonie de Paris.
Il s’est formé auparavant aux conservatoires de Poitiers, Bordeaux et Saint-Maur-des-Fossés (94).
Gaspard Thomas est en résidence à la Fondation Singer-Polignac depuis 2021.
Le festival inclusif et solidaire « en scène » pour Zicomatic se déroule au Phare de Grand Chambéry, pouvant accueillir jusqu’à 7000 personnes. Il vise à accueillir un maximum de personnes en situation de handicap, avec l’ouverture de la fosse pour les PMR et PSH. En 2024, plus de 60 personnes en situation de handicap et 250 à mobilité réduite sont attendues. Le festival met en avant des artistes en situation de handicap aux côtés d’artistes nationaux pour sensibiliser le public. Les billets sont à 10€ pour les moins de 12 ans et 20€ pour les adultes. Grâce à des partenariats financiers et la vente de billets, des fonds sont récoltés pour des projets culturels destinés aux personnes vulnérables. En outre, des concerts se déroulent dans des structures médico-sociales tout au long de la semaine du festival.
Enregistrement d’un album dédié à la compositrice Armande de Polignac
L’association Les Nouveaux Talents se consacre à valoriser la musique française à travers des enregistrements et des concerts. Elle a réalisé plusieurs succès éditoriaux, notamment d’œuvres de compositeurs tels que Bizet, Saint-Saëns, Poulenc et Debussy. La musique française, riche en innovations depuis la fin du 19e siècle, a été influencée par des personnalités comme Fauré, Ravel et Satie, intégrant des inspirations issues des arts visuels et de la poésie. Un projet majeur de l’association est l’enregistrement d’un album dédié à la compositrice Armande de Polignac, dont l’œuvre pour piano sera interprétée par Bruno Belthoise. Cet album, comprenant principalement des premières mondiales, sera publié en 2025 dans la collection « Grand Piano » de NAXOS RECORDS. Des concerts programmés en France et à l’étranger, ainsi que des conférences sur Polignac, sont prévus pour la saison 2025/26, en collaboration avec des diffuseurs du spectacle vivant. Le deuxième volet du projet discographique de l’association Les Nouveaux Talents sera un enregistrement prévu pour 2027 avec le label Coriolan/Inventive Art Music, mettant en lumière la musique de chambre d’Armande de Polignac. Ce volume 2 inclura des premières mondiales des œuvres suivantes : la Sonate n°2 pour violon et piano (1910), le Quatuor à cordes « Le Voyage » (1920) et le Quintette avec piano (1916).
Depuis décembre 2020, l’association Linec Tacoche propose des interventions de DUO DE CLOWNS au C.H.I André Grégoire de Montreuil, un hôpital qui accueille plus de 25 000 enfants chaque année. Les clowns interviennent une fois par semaine, le mercredi, dans le service Pédiatrie, touchant ainsi les urgences, l’hôpital de jour et les chambres des enfants de 0 à 18 ans. Cette initiative vise à créer un rendez-vous régulier pour permettre aux enfants de s’évader de leur quotidien et de retrouver l’insouciance de l’enfance. Chaque journée est préparée en collaboration avec un soignant référent, permettant aux clowns de créer des moments uniques avec chaque enfant et leur famille. Ils interagissent, improvisent, chantent et dansent, apportant joie et bonne humeur dans l’hôpital. Les clowns se déplacent également dans d’autres services, comme l’ophtalmologie et la radiologie, renforçant les liens avec le personnel hospitalier et les familles dans un contexte multiculturel. L’association se concentre sur le bien-être des enfants et de leurs familles dans des quartiers fragilisés, en utilisant des moyens culturels, éducatifs et artistiques. Les clowns, tous professionnels et formés, possèdent des compétences variées en improvisation, musique et chant. De plus, l’association maintient une page Facebook pour informer sur ses activités et promouvoir ses interventions, tout en créant des événements en lien avec les saisons et les actualités locales.
Divertimento est un projet qui vise à rapprocher la musique classique, souvent considérée comme élitiste, du public de la Seine-Saint-Denis, Sous la direction de la cheffe d’orchestre Zahia Ziouani, l’orchestre a étendu son rayonnement à toute la France, se produisant dans des lieux prestigieux tout en menant des actions pour rendre la musique symphonique accessible à tous, y compris en milieu rural. L’initiative Plume Symphonique, lancée en 2018, répond à un besoin d’insertion par la culture, notamment en milieu carcéral, et sera élargie en 2024 pour inclure le jeune public et les primo-arrivants. Ce programme pédagogique de 20 à 25 heures comprend des ateliers d’écoute, d’écriture, de découverte des percussions, et culminera en une restitution publique où les participants présenteront leurs textes en musique. Les objectifs incluent l’éveil artistique, le développement des compétences d’expression écrite et orale, le renforcement des liens sociaux, et l’appropriation d’un univers culturel. À partir de 2025, Plume Symphonique sera déployé dans divers quartiers prioritaires et établissements pénitentiaires
L’installation de la Fondation Singer-Polignac dans l’hôtel
Lorsque la Fondation Singer-Polignac est créée en mars 1928 sous l’impulsion de Winnaretta Singer, princesse Edmond de Polignac, celle-ci ne dispose pas de locaux. Les différentes conférences scientifiques qu’elle organise sont accueillies par le Collège de France dont certains professeurs et administrateurs sont également membres du Conseil d’administration de la fondation (Joseph Bédier, Edmond Faral…). À cette période, l’hôtel de l’avenue Georges Mandel est encore habité par Winnaretta et les concerts qui s’y déroulent découlent de ses propres initiatives et ne sont pas rattachés aux activités de la fondation.
Dans son testament, la princesse de Polignac, décédée en novembre 1943, lègue son hôtel particulier à la Fondation Singer-Polignac qui pourra ainsi y installer son siège. Le contexte de la Seconde Guerre mondiale ne facilite pas la succession et l’attestation de propriété n’est établie qu’en 1948. La fondation n’hérite pas du mobilier, ni des effets personnels de la princesse, uniquement des murs.
Afin d’officialiser son installation, la fondation organise le 21 juin 1951 un premier concert d’inauguration en présence du Président de la République Vincent Auriol, avec un programme interprété, entre autres, par Georges Enesco, le Trio Pasquier et Nadia Boulanger. Ce premier événement de l’ère post-Winnaretta permet aussi de remettre des prix à quatre lauréats pour récompenser leur travail dans le domaine de la connaissance, des arts et de la bienfaisance. Le premier colloque à être organisé dans les murs s’est tenu en 1954. Intitulé « L’instinct dans le comportement de l’homme et des animaux », il était présidé par Pierre-Paul Grassé, membre de l’Institut.
Monsieur le Président de la République,
Si je vous remerciais, au nom du Conseil de la Fondation Singer-Polignac, du grand honneur que vous nous avez fait en acceptant notre invitation, le sens si vif et si juste que vous avez de toutes choses pourrait vous inspirer la crainte que nous nous soyons mépris sur la signification de votre présence. Mais il n’y a point eu méprise. Nous savons fort bien que vous n’êtes pas venu pour flatter notre orgueil : vous avez voulu, en assistant à ce concert, qui est en même temps une cérémonie, rendre un hommage officiel à l’acte généreux, fruit d’une pensée bien mûrie, par lequel la princesse Edmond de Polignac s’est proposée de servir les lettres, les arts, les sciences et la philanthropie.
C’est à elle que la Fondation doit son existence, consacrée par la loi du 25 mars 1928 qui en a fait un établissement public français. C’est à elle que nous devons la propriété de l’hôtel où nous sommes assemblés. C’est à des concours offerts en sa mémoire que nous devons les moyens importants grâce auxquels nous pourrons réaliser ses desseins.
Allocution d’Edmond Faral, président de la fondation, le 21 juin 1951
L’hôtel de la fondation au XXe siècle
Colloque international « L’instinct dans le comportement de l’homme et des animaux » juin 1954Colloque sur les Recherches des instituts français de sciences humaines en Asie, 23-31 octobre 1959Atelier : exposition sur l’histoire de la médecine en Extrême-Orient, octobre 1959
De 1951 à 1981, la fondation organise un concert annuel dans le Salon de musique de l’hôtel. Les autres salons sont uniquement ouverts pour les grandes occasions comme ces concerts, ou les colloques qui se tiennent sur plusieurs jours.
L’Atelier sert de salle d’exposition ou de bureau.
Concert du 27 avril 1972 dans le Salon de musique, avec le Royal College of Music Orchestra.
A partir de 1985 et la présidence d’Édouard Bonnefous, la fondation a la volonté de remeubler et redécorer les salons d’apparat de l’hôtel. Chaises, fauteuils, lustres et tapisseries sont ainsi acquis pour redonner un peu de vie aux salons de réception qui subissent également pour certains quelques travaux de rénovation au début des années 1990.
Parallèlement à ces projets, le nombre de colloques produits par la fondation augmente entre 1997 et le début des années 2000, représentant chaque année environ 30 jours d’utilisation des salons. Quant aux concerts, le président Bonnefous choisit d’en organiser de façon ponctuelle.
A partir de 2006
Lorsqu’Yves Pouliquen succède à Édouard Bonnefous, il souhaite ouvrir les salles de l’hôtel à des musiciens qui sont à la recherche d’espaces de travail. C’est ainsi que la création de la résidence musicale en 2006/2007 permet la transformation de certaines salles en salles de répétition. L’ancienne salle des gens et la cuisine du rez-de-chaussée, la bibliothèque du 3e étage, une ancienne chambre au 4e étage, l’Atelier de la princesse et le salon de musique s’ouvrent peu à peu aux artistes de la résidence. Entre 2007 et 2014, des travaux et certains aménagements permettent d’améliorer l’acoustique. On achète également des pupitres, des pianos, un clavecin, un orgue et, plus tard, des percussions, afin de permettre aux musiciens de travailler dans des conditions optimales. Aujourd’hui, l’hôtel compte 6 salles de répétition et un studio de composition. Les jardins et la salle à manger sont devenus des lieux de rencontres et d’échanges pour les musiciens qui occupent l’hôtel au quotidien, encadrés par une équipe de salariés dont les bureaux sont pour la plupart installés dans les anciens appartements de la princesse et ceux des invités.
Les salons de réception sont toujours utilisés pour les concerts et les colloques produits par la fondation. Le salon de musique est désormais équipé d’une scène, d’une régie et de multiples lumières. Il permet d’accueillir environ 150 personnes. La fresque de José-Maria Sert qui orne le plafond du salon a été restaurée au cours de l’année 2007 par l’atelier de Madeleine Hanaire et Francisca Hourrière, assistées d’Emmanuel Joyerot, restaurateurs habilités des Musées nationaux, sous la supervision de Christian Prévost-Marcilhacy, inspecteur général honoraire des Monuments historiques.
Pierre Corvol, président de la fondation depuis 2020, a décidé d’ouvrir les portes de l’hôtel lors des Journées européennes du patrimoine, permettant à un public restreint de découvrir les salons d’apparat, les jardins et l’Atelier lors d’une visite guidée. C’est également depuis sa présidence que la fondation développe la retransmission en streaming de certains de ses événements comme les colloques et les concerts du Festival Singer-Polignac, offrant ainsi la possibilité au plus grand nombre d’être immergé dans l’intimité du Salon de musique, même à distance.
Au cœur des activités de la Fondation Singer-Polignac, la résidence musicale, créée il y a presque vingt ans, soutient la musique de chambre et orchestrale, perpétuant ainsi l’héritage de Winnaretta Singer, princesse de Polignac. En plus d’accueillir au quotidien les répétitions des artistes dans son hôtel particulier, la fondation leur offre une opportunité unique : se produire dans son prestigieux Salon de musique lors d’une série de concerts filmés en public, entièrement imaginés comme de véritables objets audiovisuels par les musiciens, le réalisateur et le directeur de la photographie, afin de bénéficier d’un enregistrement professionnel pour leur promotion. Grâce à la diffusion en direct et en libre accès sur la plateforme singer-polignac.tv, les artistes peuvent toucher un large public et partager leur passion avec le monde entier.
Depuis la première édition, la fondation collabore avec le réalisateur Guillaume Klein et les équipes de Kali Son, qui subliment chaque performance par des visuels époustouflants, mettant en lumière le talent des artistes et la beauté de la musique.
Pour sa 6e édition, le festival comptera sept concerts du 5 au 8 juin 2025, ouverts à un public invité, retransmis en ligne, en direct et disponibles en replay.Le concert de clôture sera diffusé en direct sur la plateforme de streaming de notre partenaire medici.tv. Les six concerts précédents y seront également disponibles à cette date, et accessibles depuis le monde entier, pour le plus grand bonheur des mélomanes.
Cette édition s’ouvrira le jeudi 5 juin avec Il Caravaggio, dirigé par Camille Delaforge, qui proposera un programme composé d’œuvres célèbres et plus rares de Vivaldi.
Le vendredi 6 juin sera consacré à Brahms. Un premier concert mettra en vedette trois musiciens de la nouvelle génération : Emmanuel Coppey, Stéphanie Huang et Arthur Hinnewinkel. En deuxième partie de soirée, l’altiste Adrien La Marca présentera son projet autour du compositeur, accompagné du jeune pianiste Jérémie Moreau et du renommé Quatuor Arod.
Le samedi 7 juin, l’ensemble Les Illuminations proposera un voyage à travers les siècles, explorant les œuvres de compositrices aux esthétiques musicales différentes, avant de laisser la place au Trio Zadig et à son programme qui mêle passions et tourments.
Enfin, l’Ensemble Écoute, dirigé par Fernando Palomeque, mettra la musique spectrale à l’honneur le dimanche 8 juin. Puis Le Balcon, dirigé par Maxime Pascal, clôturera cette édition avec Bakthi de Jonathan Harvey, œuvre majeure de la musique mixte.
Lettre qui accompagne la partition de C’est l’extase, 1891 :
“Vous verrez que, comme pour Clymène j’ai essayé une forme que je crois nouvelle, du moins je n’en connais pas de semblable; et c’est bien le moins que j’essaie de créer du nouveau quand je travaille pour vous qui êtes la personne du monde qui ressemble le moins aux autres.”
Lettre à Marguerite de Baugnies au sujet de Winnaretta qui l’accueille à Venise :
“Il n’existe pas davantage pour exprimer toute mon admiration et presque un peu plus (aïe) que m’inspire notre adorable hôtesse !”
6 janvier 1896 :
“Tâchez que je vous voie souvent, votre esprit me fait du bien, même quand vous vous moquez de moi ! Et vous me donnez le désir de travailler.”
Nectoux J-M, Gabriel Fauré, les voix du clair-obscur, Flammarion 1990
Isadora Duncan (1877-1927)
One dark afternoon there was a knock at the studio door. A woman stood there. She was of such imposing stature and such powerful personality that her entrance seemed to be announced by one of those Wagnerian motifs, deep and strong, and bearing portents of coming events and, indeed, the motif then announced has run through my life ever since, bringing in its vibrations stormy, tragic happenings.
« I am the Princess de Polignac, » she said, « a friend of the Countess Greffuhle. When I saw you dance, your art interested me, and particularly my husband, who is a composer. »
She had a handsome face, somewhat marred by a too heavy and protruding lower jaw and a masterful chin. It might have been the face of a Roman Emperor, except that an expression of cold aloofness protected the otherwise voluptuous promise of her eyes and features. When she spoke, her voice had also a hard, metallic twang which was mystifying as coming from her, whom one would have expected to have richer, deeper tones. I afterwards divined that these cold looks and the tone of her voice were really a mask to hide, in spite of her princely position, a condition of extreme and sensitive shyness.
Duncan Isadora, My Life, Gollancz, 1968
Colette (1873-1954)
La Princesse Edmond de Polignac ne paraissait qu’en robe montante. Le caractère d’indestructibilité qui accorde son regard d’un bleu définitif à son menton de conquérant, je l’admirais, intimidée, d’un peu loin. Son mari ne se séparait pas d’un châle de vigogne, beige clair, qui tantôt drapait ses épaules frileuses, tantôt réchauffait ses genoux. Il était charmant, d’esprit jeune, et ressemblait à un grand oiseau ironique.
« Un Salon en 1900 », Journal à rebours, Flammarion, 1939
Marguerite de Saint-Marceaux (1850-1930)
15 juin 1913
Winnie parle avec esprit des potins mondains, même de ceux qui la regardent, elle trompe par son calme la renommée qu’elle s’est acquise. Elle peut mépriser le plus grand nombre qui, l’accusant des mœurs les plus dépravées, s’écrase dans ses salons.
5 avril 1916
Promenade à Saint Cloud avec Winnie. C’est une femme charmante, intelligente, sensible.
Journal 1894-1927, édité sous la direction de Myriam Chimènes, Fayard, 2007
Albert Flament (1877-1956)
Le teint frais, les cheveux argentés, la taille haute, la démarche plutôt lente et que dément un regard direct et gris-vert ou gris-bleu, dont le brillant révèle l’activité infatigable et les sources du rêve, jamais taries. C’est ce dosage heureux de nécessités créées, de contraintes à l’exactitude, cette suite d’échéances délibérément accumulées, comme avec l’espoir d’oublier l’inexorable et de ne jamais lui laisser la faculté de s’insinuer entre deux minutes que l’on craindrait inemployées, qui fait le charme particulier de la princesse Edmond de Polignac. Une sorte de mystère se crée autour de sa Solitude, cependant toujours environnée d’amis et traversée de nobles et artistes préoccupations.
Dans les tendances les plus classiques comme les plus nouvelles, il n’est pas événement musical auquel elle n’ait pris part, et elle traverse l’Europe pour y assister, comme nos mères se seraient rendues de l’Étoile à la Bastille, avec un cheval.
Ce soir, assis auprès d’elle, tandis que plus de quarante musiciens de l’Association des Concerts Lamoureux, conduits par Eugène Bigot, exécutent dans la grande salle de l’avenue Henri-Martin, un Concerto de Henri Sauguet, après une Ouverture de Germaine Tailleferre, j’observe, sous les dehors que certains déclarent impénétrables, quelle sensibilité dissimule cette Américaine, d’ailleurs née en Angleterre, et qui se rendit pour la première fois en Amérique il y a quelques années seulement, et peut-être pour n’y plus retourner jamais.
Car cette « étrangère » de naissance a plus fait pour les artistes français et aima les uns et les autres d’un coeur plus compréhensif et généreux que bien des indigènes, qui proclament leur sang breton ou valois, ne le firent jamais. Tout ceci dit en passant, même si, d’aventure, la charmante et soucieuse princesse s’en trouvait offensée, car un certain bon goût, qui exige qu’on ne parle jamais que de ce qui touche une personnalité, risque de ne rendre justice qu’à voix basse, entre six ou huit oreilles, et dans un petit coin.
Promenade à Saint Cloud avec Winnie. C’est une femme charmante, intelligente, sensible.
La Revue de Paris, 1er avril 1937
Nadia Boulanger (1887-1979)
Elle s’intéressait réellement à la beauté et à la production de la beauté. Alors, tout naturellement, elle commandait des œuvres. Elle suscitait, elle entendait parler de quelqu’un, elle le faisait venir. Elle entendait parler d’une œuvre, elle écoutait, elle commandait. Elle fut l’un des derniers grands mécènes de l’histoire.
Lettres inédites, B.N Paris
Doda Conrad (1887-1979)
Nadia Boulanger eut le privilège d’avoir, elle aussi, la protection d’un mécène dont le prestige a dominé toute la première moitié du XXe siècle : la princesse Edmond de Polignac, que j’ai bien connue. Sans elle, Fauré, Ravel, Erik Satie, mais aussi Stravinsky, Manuel de Falla, n’auraient pas vu leurs débuts si courageusement soutenus. (…) Après une soirée où j’avais chanté chez elle, elle m’invita à passer un week-end à la campagne, dans sa petite maison de Jouy-en-Josas où elle allait se reposer du vendredi au lundi. “J’adore faire de la musique et j’adore Schubert ! Si ça vous fait plaisir, venez faire de la musique avec moi et apportez du Schubert !” L’idée de me trouver dans l’intimité de la légendaire princesse ne pouvait que m’enchanter : privilège doublé d’une surprise ! Le lendemain matin, elle me téléphonait : “Que faites-vous le week-end prochain ?” Sans attendre ma réponse, elle annonça d’autorité : “Je vous prendrai vendredi à cinq heures. Soyez sur le trottoir de l’avenue Mozart avec votre valise et du Schubert !”
A l’heure dite, la grosse Packard se rangeait le long du trottoir. (…) La princesse, dans un coin, les yeux fermés, ne réagit pas à mon arrivée. Son air renfrogné me donnait l’impression d’être un intrus qu’elle regrettait d’avoir invité ! J’essayai d’amener la conversation : l’orage qui menaçait, que sais-je ! Elle semblait de plus en plus excédée par ma présence. J’allais demander au chauffeur de m’arrêter avant la dernière station de métro lorsque des éclairs, un tonnerre et une pluie diluvienne de la fin du monde se déchaînèrent. La princesse se mit à hurler. (…) Nous nous précipitâmes dans un café “Conrad, commandez quelque chose !”. Elle semblait avoir perdu tout contrôle de ses nerfs. A chaque éclair, à chaque coup de tonnerre, elle était agitée de soubresauts incontrôlés. Quand les éléments furent apaisés et que le ciel eut retrouvé sa sérénité, la princesse de Polignac redevint princesse. Comme si rien ne s’était passé, ses bonnes manières et son sourire réapparurent. J’ai su plus tard qu’elle pouvait avoir de véritables attaques de furie à l’approche d’un orage !
(…) Ce soir-là nous dînâmes en tête-à-tête. Nous passâmes au salon. La princesse déchiffrait bien, et nous nous mîmes à explorer toute l’étendue des lieder mis en musique par Schubert. Elle était ravie. Cette femme de près de soixante-dix ans devenait une jeune fille timide dès qu’elle faisait de la musique ! Il y avait quelque chose de touchant dans l’attitude si modeste de celle qui avait vécu dans la compagnie des plus grands artistes de son temps ! (…) la confiance qu’elle m’accordait, au plan musical, semblait celle d’un enfant ! C’est tout juste si elle ne battait pas des mains lorsqu’elle découvrait quelque musique inconnue.
Conrad Doda, Dodascalies, Actes-Sud, 1997
Violet Trefusis (1894-1972)
Madame de Polignac était une femme remarquable. Imperturbable, impénétrable, elle dominait la vie comme une falaise ; son profil de rocher paraissait attendre les embruns et les mouettes. Les gens tremblaient devant elle. (…) Son visage ressemblait plutôt à un paysage, avec son nuage de cheveux, le bleu de ses yeux, ses contours escarpés. (…) Comme tous les gens fondamentalement timides, elle était infiniment intimidante.
C’est avec un profond chagrin que j’ai appris la mort de ma grande et chère amie la princesse Winnie. Que de fois j’ai pensé à elle en ces trois années tragiques. Et avec quelle impatience j’attendais le jour où il me serait permis de la revoir ! Hélas, voilà encore un espoir anéanti… Si je pouvais du moins me dire qu’elle devinait la fidélité de mon affection ! […] J’espère qu’elle n’a pas su la mort de Jean de Polignac… Enfin, Madame, son image et son souvenir me hantent sans cesse depuis que j’ai su la navrante nouvelle, et à tous les griefs que j’avais déjà contre les faux musiciens de ces derniers vingt ans vient s’ajouter celui de m’avoir – oh ! sans le vouloir, mais par le seul fait de leur présence – empêché de la voir assidûment, comme autrefois. D’ailleurs nous avions, il y a quatre ans, causé de tout cela, en déjeunant, et juré de reprendre notre commerce fréquent et amical qui lui plaisait et auquel j’attachais tant de prix.
Winnaretta Eugénie Singer naquit à Yonker (New York), le 8 janvier 1865. Son père était Isaac Merritt Singer, l’industriel américain qui perfectionna la machine à coudre. Il épousa une très jeune Française, Isabelle Eugénie Boyer. Winnaretta était la vingtième des vingt-cinq enfants qu’Isaac Singer eut au cours de sa vie. Bien qu’il ait désavoué les compagnes qui avaient précédé son mariage avec Isabelle Boyer, Singer mentionna tous ses enfants dans son testament et laissa à chacun un legs généreux.
L’enfance
Winnaretta ne passa que les deux premières années de sa vie à New York. Isaac Singer, une fois fortune faite (le don de mille machines qu’il fit à l’Armée de l’Union pendant la Guerre civile contribua sans doute à son rapide succès), alla s’installer à Paris avec sa famille en 1867 et c’est en France que la jeune Winnie Singer fut élevée. Des voyages fréquents développèrent son goût pour l’art. En 1870, à l’approche de la guerre franco-prussienne, la famille Singer qui maintenant s’élevait à huit personnes (Isabelle Singer eut six enfants) partit pour l’Angleterre. Isaac Singer fit bâtir une énorme propriété à Paignton dans le Devonshire, qu’il appela ironiquement “The Wigwam”. Cette somptueuse résidence comprenait plus de cent pièces ; Isaac Singer y organisait d’importantes représentations théâtrales et y accueillit au moins une représentation de cirque. Il venait juste de terminer sa demeure lorsqu’il mourut, le 23 juillet 1875, à l’âge de 64 ans. Isabelle Singer retourna avec sa famille vivre à Paris. Peu de temps après, elle se remaria à Victor Reubsaet, duc de Camposelice. Devenue duchesse, elle acheta un hôtel particulier avenue Kléber. Elle avait 36 ans et était très belle ; le sculpteur Frédéric Bartholdi l’aurait fait poser comme modèle pour la Statue de la Liberté. Le “grand salon” de l’avenue Kléber devint le centre de réunions musicales et artistiques où les interprètes les plus célèbres venaient jouer régulièrement les quatuors à cordes de Beethoven, Mozart et Schubert. Winnaretta partageait la passion de sa mère pour la musique ; d’après ses mémoires, elle ne reçut aucune formation particulière en dehors de ses leçons de piano, mais elle assistait aux nombreux concerts donnés dans le salon familial. À l’occasion de son quatorzième anniversaire, en 1879, elle demanda comme cadeau une interprétation de son morceau favori de Beethoven – le quatuor à cordes en mi mineur, op. 131. Les derniers quatuors de Beethoven étaient alors considérés comme incompréhensibles par la plupart des auditeurs, mais, déjà, Winnaretta faisait preuve de goût, d’originalité et d’un profond amour pour la musique.
La jeunesse
Elle suivit des cours de peinture dans l’atelier de Félix Barrias, qui avait été prix de Rome, et fréquenta l’atelier de Manet. Elle était un peintre accompli – plus tard, ses tableaux furent souvent pris pour des Manet. Elle parlait aussi bien le français que l’anglais, et en 1882, à dix-sept ans, elle fut invitée par la Direction du Louvre à participer à la préparation du catalogue en anglais. Mais la musique resta toujours son sujet de prédilection. Un des grands plaisirs de sa jeunesse fut les étés passés dans le château familial de Blosserville, en Normandie. Ce fût là qu’en 1880 Winnaretta rencontra Gabriel Fauré, qui avait alors trente-cinq ans. Il fut son premier ami musicien; elle devait devenir sa confidente et, ensuite, sa bienfaitrice. Deux ans plus tard, sa mère emmena Winnaretta à Bayreuth pour assister à une représentation de Parsifal et elle devint aussitôt une admiratrice passionnée de la musique de Wagner. Elle retourna souvent à Bayreuth et rallia le flot croissant des amateurs de Wagner, discutant des représentations avec les compositeurs français qui, chaque année, venaient dans ce temple de la musique – Fauré en 1883, d’Indy en 1884, Debussy en 1888 et Chabrier en 1889.
Lorsque la succession compliquée d’Isaac Singer — qui avait laissé deux testaments séparés — fut finalement réglée, en 1877, Winnaretta reçut directement 167.000 dollars du compte d’épargne personnel de son père ; de plus, elle hérita d’une partie de la vente de la Compagnie des machines à coudre Singer, plus de 50.000 dollars en espèces et environ 610.000 dollars en actions. Une autre disposition laissait à Winnaretta une partie de la propriété anglaise. Au bout du compte, le testament d’Isaac Singer faisait de Winnaretta une jeune héritière fabuleusement riche.
L’indépendance
En 1887, Isabelle arrangea le mariage de sa fille avec le Prince Louis de Scey Montbéliard. Winnaretta, qui avait toujours fait preuve d’un esprit indépendant, était ravie d’échapper à la tutelle d’une mère dominatrice, mais elle ne trouva pas le bonheur dans ces nouveaux liens. Leur union resta un mariage blanc (jamais consommé) pendant les quatre ans qu’ils passèrent ensemble, avant que Winnaretta ne briguât et n’obtînt une annulation en cour de Rome. Quelques mois avant son premier mariage, Winnaretta avait acheté un hôtel particulier avenue Henri Martin. Dès 1888, elle reçoit ses amis musiciens dans le chalet, qui est alors à la fois son atelier de peinture et le « hall » de musique, (comme l’appelle Proust dans À la recherche du temps perdu). C’est là que Vincent d’Indy, Emmanuel Chabrier, Ernest Chausson, Gabriel Fauré vont, les premiers, venir jouer, et créer leurs œuvres les plus remarquables. Le premier concert, donné le mardi 22 mai 1888, donne des extraits de Gwendoline, de Chabrier ; de Clair de lune, de Fauré ; d’œuvres de Vincent d’Indy et de Chausson. Fauré est à l’harmonium, Chabrier au piano, d’Indy et Messager aux percussions, avec les chœurs et les orchestres des concerts Lamoureux et du Conservatoire. Au printemps, tandis qu’elle attendait la réponse papale au sujet de l’annulation de son mariage, la princesse s’installa pour une longue villégiature à Venise. Elle loua un petit palazzo sur le Grand Canal, et invita plusieurs de ses amis artistes parisiens, y compris Fauré, à lui rendre visite.
Un court bonheur
Le 1er février 1892, le Vatican annula officiellement le mariage Scey Montbéliard. À la fin de cette même année, Robert de Montesquiou et son influente cousine, la comtesse Elisabeth Greffuhle, encouragèrent Winnaretta à se remarier pour retrouver une position respectable dans la société aristocratique. L’homme qu’ils avaient choisi pour elle était leur ami, le Prince Edmond de Polignac, un célibataire âgé de cinquante-neuf ans, qui avait étudié au Conservatoire de Paris et jouissait alors d’une certaine réputation comme compositeur. Winnaretta et le Prince de Polignac se marièrent le 15 décembre 1893. Ils s’étaient déjà rencontrés quelques années auparavant. D’après Marcel Proust, qui avait rencontré le Prince par l’intermédiaire de Montesquiou, tous deux avaient assisté à la même vente aux enchères – renchérissant l’un contre l’autre sur le même tableau de Monet, le Champ de tulipes à Haarlem. Le prince dépité avait été battu : “Quelle rage, je ressentis ! Ce tableau était emporté par une Américaine qui porte un nom que je maudis !”. Et cette femme était, bien entendu, Winnaretta Singer. Mais il ajoutait ironiquement : “Quelques années plus tard, j’épousais l’Américaine, et devins propriétaire de ce tableau !” Durant leur court mais heureux mariage, le Prince et la princesse transformèrent leur demeure en un glorieux et vibrant salon de musique. Les soirées musicales des Polignac devinrent régulières et très recherchées. Tout ce que Paris comptait alors de personnalités illustres dans les arts, les lettres et les sciences, se pressait dans leurs salons. Mais le Prince avait une santé fragile et et il mourut le 8 août 1901, à l’âge de soixante-sept ans. La princesse se trouva profondément endeuillée par la perte de l’homme qui avait été son meilleur ami et qui avait joué un rôle si important dans le monde de l’art et de la beauté qu’elle avait créé autour d’eux.
La vie pour la musique
En 1904, elle confia à l’architecte Henri Grandpierre la construction d’un nouvel hôtel, avec un salon de musique magnifique, assez vaste pour recevoir confortablement un orchestre de chambre et près de deux cents invités Avec deux salons de musique à sa disposition, elle pouvait accroître ses activités musicales, et elle donna des représentations commémoratives des œuvres de son mari. Le grand salon du 43 de l’avenue Henri-Martin était réservé aux orchestres plus grands ou aux artistes de grande renommée, tandis que l’atelier de la rue Cortambert proposait des concerts avec accompagnement d’orgue ou des soirées musicales plus intimes. Parallèlement, le salon de la princesse de Polignac reflétait l’activité artistique florissante de son temps. Une douzaine de fois par an, les artistes et les aristocrates s’y réunissaient pour un somptueux dîner et ils passaient ensuite dans le salon de musique pour jouir d’un merveilleux évènement musical. La princesse était devenue pour tous ”Tante Winnie” et elle se faisait un honneur de maintenir un niveau d’excellence que ses amis étaient invités à partager, non pour leur rang social ou leur fortune, mais pour leurs talents ou, plus important, leur amour pour la musique.
Les dernières années en Grande-Bretagne
Le plus jeune frère de la princesse, Franklin Singer, mourut à Paris le 10 août 1939. La princesse accompagna sa dépouille en Angleterre pour rejoindre la famille des Singer dans la crypte de Torquay, et elle décida de rester un peu plus longtemps pour rendre visite à des amis. Le 3 septembre, l’Angleterre et la France déclaraient la guerre à l’Allemagne. Le 17 septembre, la princesse écrivit à Nadia Boulanger et à Francis Poulenc que sa famille lui avait demandé de rester un peu en Angleterre. Elle s’installa dans le Devonshire, où elle avait passé ses plus jeunes années. Elle aida à organiser des concerts dont les bénéfices étaient versés à la Croix-Rouge. Au début du printemps 1940, Winnaretta quitta le Devonshire pour Londres. Malgré l’apparence de force indomptable qu’elle montrait en société et le fervent désir de retourner dans sa France bien-aimée qu’elle exprimait si souvent dans ses lettres, la princesse était incapable de se décider à franchir la Manche. Sa santé commença à décliner sérieusement en 1943, bien qu’elle continuât à participer autant que possible à la vie mondaine dans les cercles culturels. Elle organisa plusieurs dîners, parmi lesquels figuraient le ténor Peter Pears, l’éditeur Cyril Connolly – qui l’aida à enregistrer ses souvenirs – l’écrivain Stephen Spender – qui était curieux de l’entendre évoquer ses souvenirs personnels à propos de Proust – les compositeurs Benjamin Britten, Lennox Berkeley, Gerald Berners, et d’autres personnalités artistiques et politiques. La princesse mourut d’une crise cardiaque aux premières heures du 26 novembre 1943. Un service à sa mémoire fut célébré dans l’Église de l’Immaculée Conception à Londres, avec de la musique de Bach, Mozart et Fauré, chantée par Peter Pears accompagné à l’orgue par William McKie. Elle fut enterrée dans la crypte familiale des Singer à Torquay, aux côtés de son père et de son mari. Pour le premier anniversaire de sa mort, Le Figaro fit paraître un article à la mémoire de la princesse de Polignac, regrettant que, sa disparition étant survenue un an plus tôt, “les évènements et la sujétion qui pesaient sur toute expression libre en France ne permirent pas de parler comme il convenait de la princesse Edmond de Polignac et de lui rendre l’hommage qu’elle méritait”. impossible d’écrire la chronique du XXème siècle sans y insérer le salon de l’avenue Henri-Martin et ce palais du Grand Canal… La musique a inscrit à jamais son nom au-dessus de quelques œuvres classiques de notre temps”.
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