Mozart, oeuvres concertantes pour violon – Appassionato – 19 décembre 2024

Partenariat

Avant-propos

Depuis sa création en 1928, la Fondation Singer-Polignac a pour mission de soutenir les arts, les lettres et les sciences, notamment à travers l’organisation d’événements culturels. Depuis le début du XXIe siècle, son mécénat s’adresse plus particulièrement à la musique de chambre et aux jeunes artistes émergents par l’animation d’une résidence artistique qui leur permet de répéter, d’enregistrer et de se produire dans le salon de musique de l’hôtel de la fondation, mais aussi lors de manifestations hors les murs. C’est dans ce cadre que la fondation s’associe pour la troisième année consécutive au Collège de France pour proposer son traditionnel concert de fin d’année.

Le Collège de France, établi à Paris depuis 1530, répond à une double vocation : être à la fois le lieu de la recherche la plus audacieuse et celui de son enseignement. On y enseigne ainsi à tous les publics intéressés, sans aucune condition d’inscription ni de diplôme, « le savoir en train de se constituer dans tous les domaines des lettres, des sciences ou des arts ».

Les deux institutions ont toujours partagé des liens proches que ce soit par leurs membres ou leur volonté commune de soutenir le savoir et la recherche, comme en témoigne la toute première conférence organisée par la fondation qui s’est tenue au sein du Collège de France en 1934.

Cette soirée clôture la série de concerts 2024, en accueillant sur la scène de l’amphithéâtre Marguerite de Navarre du Collège de France, Mathieu Herzog, actuellement artiste associé de la fondation, et les musiciens de son ensemble Appassionato.

Programme

Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)

Concerto pour violon n°3 K.216 

Symphonie Concertante K. 364/320d

  • Andante

Quintette à deux altos K. 516

  • Allegro

Appassionato

Yaoré Talibart violon solo

Laetitia Amblard, Roxana Rastegar violon

Raphaël Pagnon alto

Adrienne Auclair violoncelle

Héloïse Dély contrebasse

Mathieu Herzog présentation et alto

Biographies

Mathieu Herzog alto et direction

Un « artiste complet », “un vrai musicien” sont parmi les mots qui reviennent le plus souvent pour décrire le chef d’orchestre, compositeur et orchestrateur Mathieu Herzog. Son âme musicale s’est forgée par un travail intensif auprès de grands maîtres tels que Semyon Bychkov, Daniel Harding, Gábor Takács-Nagy,…

Il crée en 2015 Appassionato, un orchestre avec lequel il noue une relation passionnelle et en perpétuelle évolution. Mathieu est également orchestrateur, aussi bien pour Appassionato que pour des musiciens classiques tels que Philippe Jaroussky, Ludovic Tézier, Nadine Sierra ou Natalie Dessay…

Passionné de littérature et d’histoire, il travaille également à l’écriture d’un livret d’opéra biographique sur Georges Bizet. 

Depuis 2019, Mathieu est Directeur musical du Blaricum Music Festival (Hollande). Il y intervient également en formation musicale et masterclasses. Il dirige depuis 2023 une classe de direction d’orchestre au Conservatoire Rachmaninoff (Paris) et devient en 2024 le directeur artistique du festival Glanum à Saint-Rémy-de-Provence.

Mathieu Herzog est artiste associé de la Fondation Singer-Polignac.

Appassionato

Appassionato inscrit sa ligne artistique sous le signe de l’excellence pour tous. Non contents de proposer au public des interprétations des chefs-d’œuvre symphoniques, l’orchestre et son chef rendent disponibles et simples d’accès les plus grandes œuvres du répertoire, grâce à des formats de concerts innovants et une volonté constante de tendre la main à tous les publics. C’est ainsi qu’est née « Vous Trouvez Ça Classique ? », une série de concerts organisés en partenariat avec la Seine Musicale, où le chef d’orchestre Mathieu Herzog fait découvrir au public les chefs-d’œuvre de la musique classique et ses grands compositeurs.

Appassionato se fait aussi le partenaire privilégié des solistes lyriques et instrumentaux d’aujourd’hui et de demain. Mathieu Herzog réunit notamment autour de lui des chambristes accomplis et met à profit l’expérience de quinze années au sein du Quatuor Ébène pour faire de cet orchestre un écrin musical idéal.

Appassionato c’est aussi un label discographique, véritable extension des valeurs artistiques de l’orchestre. Placé sous le signe d’une liberté artistique totale, le label Appassionato s’inscrit dans la droite ligne de ce qui fait l’essence de l’orchestre chambriste : passion, excellence et exigence. Majoritairement orienté vers les captations en live pour transmettre l’énergie du concert, le label a pour vocation de faire vivre les productions phonographiques de l’orchestre mais aussi celles d’autres artistes, chambristes de haut vol, comme par exemple Gabriel Le Magadure (Quatuor Ebène) et Frank Braley, le Quatuor Agate et prochainement la pianiste Pauline Chenais (Trio Sōra).

Appassionato reçoit le soutien de l’Adami, de la Spedidam et du Centre National de la Musique.

Récital d’Ismaël Margain – 19 septembre 2024

photo : Luigia Messina

Avant-propos


Je suis ravi de célébrer avec vous la sortie de mon nouvel album, enregistré dans le Salon de musique de l’hôtel de la Fondation Singer-Polignac, que je remercie chaleureusement pour son soutien fidèle. Dix ans après mon premier disque Mozart (en duo avec Guillaume Bellom), j’ai senti qu’il était temps pour moi de revenir à ce compositeur aussi fascinant qu’effrayant pour nous pianistes, avec une passion renouvelée notamment grâce à ma rencontre décisive avec Maria João Pires, interprète à mon sens incomparable dans ce répertoire, qui m’a aidé à trouver mon équilibre dans ces textes, entre exigence stylistique et modernité, entre rigueur et spontanéité. Ce programme se concentre plus particulièrement sur l’art mozartien dans des formes courtes, où sont condensés à la fois le génie mélodique, l’expressivité, et le sens de la théâtralité et des contrastes, nous faisant voyager de l’ombre à la lumière.

Ismaël Margain

Programme

Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)

Rondo pour piano n°1 en ré majeur KV. 485

Rondo pour piano n° 2 en fa majeur, KV. 494

Rondo pour piano n°3 en la mineur KV. 511

Fantaisie n° 2 en do mineur, KV. 396 

Fantaisie n° 3 en ré mineur, KV. 397 

Fantaisie n° 4 en do mineur, KV. 475 

Adagio pour piano en si mineur, KV. 540 

© Lyodoh Kaneko

Ismaël Margain piano

Ismaël Margain est né en 1992 à Sarlat où il entame sa formation musicale : piano, flûte, saxophone, jazz, écriture. Il rentre ensuite au CNSMDP, pour travailler notamment auprès de Nicholas Angelich, Roger Muraro, Michel Dalberto… et obtient son Diplôme d’Artiste Interprète en 2017. Depuis, il reçoit les conseils de Maria-João Pires. 

En 2012 il est lauréat du Concours International Long-Thibaud, puis il est nommé dans la catégorie « révélation soliste instrumental » aux Victoires de la Musique Classique. Suite à ces récompenses, Ismaël part en tournée en Amérique Latine et aux Etats-Unis pour une série de récitals et master class, puis, de retour en Europe il se produit en Allemagne, en Suisse, en Italie, en Espagne et en Bulgarie.

Il est l’invité régulier de nombreux festivals (Pâques et Août Musical à Deauville, Piano aux Jacobins à Toulouse, Nohant Festival Chopin, l’Esprit du Piano à Bordeaux, Lille Piano(s) Festival, Festival de Mecklenburg-Vorpommern et Klavier Ruhr Festival en Allemagne, All about piano à Londres …) où il se produit en solo, en musique de chambre (avec Alexandra Soumm, Renaud Capuçon, Edgar Moreau, Bertrand Chamayou, Thomas Enhco, les quatuors Hermès et Hanson, Mathilde Calderini …) et en tant que soliste avec l’Orchestre philharmonique de Radio France, l’Orchestre national de Lille, l’Orchestre national d’Île-de-France… Il est également un habitué des plus belles scènes parisiennes (Philharmonie, Salle Gaveau, Auditorium du Louvre, Salle Cortot, Théâtre des Champs-Elysée…) 

Ismaël Margain est lauréat du prix de la Yamaha Music Foundation, lauréat de l’Académie musicale de Villecroze, et soutenu par la Fondation Banque Populaire. En 2010 il forme un duo avec Guillaume Bellom avec qui il enregistre deux disques à quatre mains consacrés à Schubert et Mozart sous le label Aparté/Harmonia Mundi. Il réalise ensuite trois enregistrements live pour le label B Records : Mendelssohn en 2015, Schubert en solo en 2017, et un récital à deux pianos avec Guillaume Bellom en 2018. La mezzo-soprano Ambroisine Bré l’invite sur son album Psyché paru en 2021. L’année suivante, il signe avec Naïve Records son premier disque solo en studio, un récital Chopin / Fauré, paru en février 2023. Son album Mozart paraîtra en septembre 2024.

Il est l’un des quatre co-fondateurs de RecitHall, plateforme de captation et de diffusion de concerts en streaming, lancée en 2020.

Ismaël Margain est artiste associé à la Fondation Singer Polignac.

L’âge d’or de l’octuor à vent – 21 décembre 2023

En partenariat avec

Programme

Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)

Sérénade K.375 en Mib majeur

  • Allegro maestoso
  • Adagio
  • Allegro

Franz Krommer (1759-1831)

Partita opus 57 en fa majeur

  • Allegro vivace
  • Minuetto
  • Andante cantabile
  • Alla Polacca

Wolfgang Amadeus Mozart

Rondo alla turca (arr. Goepfert)

Ludwig van Beethoven (1770-1827)

Parthia opus103

  • Allegro
  • Andante
  • Menuetto
  • Presto

Ensemble Sarbacanes

Gabriel Pidoux, Neven Lesage hautbois

Alejandro Pérez Marin, Florian Gazagne basson

Roberta Cristini, Hirona Isobe clarinette

Félix Roth, Alessandro Orlando cor

Lilas Réglat contrebasse

Sarbacanes

Sarbacanes est un ensemble dédié à la musique des XVIIIe et XIXe siècles mettant à l’honneur les instruments à vent. Fondé en 2016 à partir d’un effectif de deux hautbois, basson et clavecin, il comprend à présent différentes formations permettant d’interpréter des répertoires allant de la sonate en trio baroque aux sérénades à grand effectif de l’époque classique et romantique.
Le premier opus discographique de Sarbacanes (2019, label INITIALE) est consacré à des « Ouvertures » de Telemann pour vents. Le second opus de l’ensemble sortira à l’été 2024 sur le label Oktav Records.
La formation d’octuor à vent de l’ensemble a intégré en 2020 pour une durée de 3 ans, le programme EEEMERGING+ (Ensembles Européens Emergents) piloté par le Centre Culturel d’Ambronay et 15 partenaires européens.
Sarbacanes s’est par ailleurs produit au Festival de Royaumont, à la Folle Journée de Nantes, au Festival de Pâques d’Aix-en-Provence, à la Philharmonie de Cologne, aux Flâneries de Reims, au Festival de Saint-Céré, aux Musicales de Normandie, au Collegio Ghislieri de Pavie, à La Courroie, au Festival Européen Jeunes Talents, à la Guildhall de Riga…
Sarbacanes est en résidence à la Fondation Singer-Polignac depuis 2021.

Quatuor Arod

Présentation du concert

Nous voici réunis pour un concert de quatuors à cordes, ce genre classique par excellence, dans lequel les compositeurs ont souvent voulu mettre la quintessence de leur art en se soumettant à cette pureté de l’écriture à quatre voix… Pour le reste, on ne trouvera que peu de points communs entre les trois œuvres du programme : celle de Mozart qui témoigne d’un classicisme viennois encore à son âge d’or lumineux ; celle de Beethoven au caractère presque expérimental, préfigurant le monde étrange et fascinant des derniers quatuors ; celui de Debussy, enfin, qui nous plonge dans ce qu’on appelle parfois, non sans raison, l’impressionnisme musical.

Tout juste pourrait-on rappeler quels furent les regards croisés de ces trois compositeurs l’un sur l’autre. Mozart d’abord, qui semble avoir entendu une fois le jeune Beethoven à Vienne, en 1787 , alors qu’il composait Don Giovanni. Cette rencontre toutefois n’est pas certaine, et il n’en subsiste qu’un récit selon lequel Mozart se serait d’abord montré un peu froid en découvrant son cadet dans un exercice académique, après quoi il l’aurait invité à jouer un thème d’inspiration libre et aurait soufflé à ses amis présents ; « Faites attention à celui-là, il fera parler de lui dans le monde ». Quant à Beethoven, même si les encouragements de Haydn semblent avoir été bien plus décisifs, il est certain que les modèles mozartiens ont constitué aussi des points de départ assez faciles à identifier dans ses premières sonates ou quatuors.

Enfin, pour ce qui est de Debussy, il mentionne souvent Mozart et plus encore Beethoven, dans ses écrits – même si c’est parfois pour se moquer de ce dernier, dont il admire le génie, mais dont il raille un peu le sérieux et les formes savantes, pour leur côté parfois rugueux, en le désignant comme « Le Grand sourd ». Ainsi, dans un texte où il s’indigne que Louis II de Bavière présente Wagner comme le plus grand compositeur allemand, il rappelle qu’il y eu aussi Bach, mais aussi Beethoven et Mozart en précisant « Beethoven, qui avait si mauvais caractère qu’il prit le parti de devenir sourd afin de mieux ennuyer ses contemporains avec ses derniers quatuors » et Mozart « un petit voluptueux qui a écrit Don Juan pour embêter l’Allemagne ». En vérité, Mozart par subtilité et son naturel est une référence toujours enchanteresse pour Debussy qui parle de la « légèreté lumineuse » de Mozart, en la comparant « telle une troupe de jolis enfants riant joyeusement dans le soleil ». Et il ajoute ailleurs : « Le génie peut évidemment se passer d’avoir du goût, exemple : Beethoven. Mais on peut lui opposer : Mozart qui, à autant de génie, ajoute le goût le plus délicat ».

Mais revenons aux trois œuvres du programme, en commençant par « Les dissonances » de Mozart, qui est peut-être le plus connu de ses quatuors. Il fut écrit en quatre jours, en 1785, par le compositeur au sommet de son art, à l’approche de ses trente ans ; et il fait partie du fameux cycle des six quatuors dédiés à Joseph Haydn – des œuvres composées entre 1782 et 1785, et qui lui ont coûté « la plus grande fatigue, le plus de labeur », et quantité de ratures inhabituelles… et dans lesquels Mozart a voulu porter plus haut que jamais l’art du quatuor – après avoir notamment découvert ceux de l’opus 33 de son aîné. Le quatuor « Les dissonances « est le dernier de cette série de six quatuors – et on sait d’ailleurs que les deux compositeurs eurent l’occasion de le déchiffrer ensemble. C’est à l’issue de cette audition, Haydn déclara à Léopold Mozart son fameux : « Je vous déclare devant Dieu, en honnête homme, que je tiens votre fils pour le plus grand compositeur dont le nom et la personne me soient connus. »

Ce quatuor K.465, en ut majeur, porte donc le surnom « les dissonances ». Mais, comme souvent dans les œuvres classiques, ce titre se rapporte surtout au premier mouvement et même à l’introduction du premier mouvement, dans laquelle Mozart use d’harmonies étranges, de frottements presque atonaux… Pour autant, la lumière classique ne va pas tarder à sortir de cette introduction puis éclairer le premier mouvement, même si l’on peut sentir parfois encore une certaine tension dans le développement du thème principal. De même le mouvement lent est d’un lyrisme intense, avec son très beau thème. Mais ce côté parfois poignant s’atténue tout à fait dans la fête des deux derniers mouvements ; le menuet, entrecoupé par un ravissant épisode central, et le finale où ne subsiste plus aucune ombre. C’est le miracle mozartien : cette œuvre semble épouser sans complexe la forme classique du quatuor, mais elle le fait de bout en bout avec un naturel, une invention, une fraîcheur, une émotion, un équilibre qui semblent atteindre sans effort la perfection de la musique.

Il en va tout autrement avec le 11e quatuor de Beethoven, une œuvre âpre, rugueuse, presque expérimentale, relativement méconnue, et pourtant très importante dans le grand cycle des quatuors Beethovéniens. Elle est composée après dix premiers quatuors qui ont vu Beethoven, passer du classicisme viennois des quatuors op.18 à un art beaucoup plus personnel dans des quatuors op.59 dit Razumowski, ou op.74, dit les harpes ; et elle précède les fameux six derniers quatuors, qui par leur étrangeté si personnelle seront bientôt l’objet d’une véritable religion musicale. Entre les deux, le 11e quatuor marque une espèce de pause, durant laquelle le compositeur semble s’essayer à une forme particulièrement exigeante. C’est une œuvre brève aux mouvements resserrés où Beethoven semble avoir voulu éviter tout développement inutile pour se concentrer sur les thèmes et leurs contrastes, avec un côté un peu heurté : rien qui se veuille séduisant, mais une forme étrange qui semble préfigurer, en miniature, l’exploration des derniers quatuors. C’est ainsi que le mot « serioso », accolé par le compositeur au troisième mouvement, a fini par devenir le sous titre de cette composition entière que Beethoven voyait comme une partition pour connaisseurs, qu’il fit éditer tardivement en précisant : « le quatuor est écrit pour un petit cercle de connaisseurs et ne doit jamais être exécuté en public ». Nous oublierons ce soir la consigne !

Enfin, le quatuor de Debussy, contemporain des premières ébauches du Prélude à l’après-midi d’un faune (1892) et de Pelléas et Mélisande (1893), est la première œuvre de grande ampleur achevée par le compositeur, âgé d’une trentaine d’années. Il a composé jusqu’alors diverses mélodies et pièces pour piano assez charmantes pour passer à la postérité (Arabesques, Petite suite, Suite bergamasque). Mais son art si particulier de la forme, de l’harmonie ou de la couleur instrumentale est encore en gestation. Debussy fréquente alors depuis quelques années les milieux artistiques et intellectuels où son succès de jeune prix de Rome lui assure une existence relativement confortable. Parmi ses meilleurs amis figure Ernest Chausson qui lui assure en cette année 1892 quelques engagements très bien payés dans les soirées du Faubourg Saint-Germain. Comme Chausson, Debussy a été au cours des années précédentes l’élève de César Frank, père spirituel de la jeune école post-romantique française. Et si son influence reste plutôt faible chez Debussy, on en retrouve la trace dans la forme du Quatuor, sinon dans son expression. Mais Debussy, au sein de ce milieu, bénéficie aussi de l’intérêt du grand violoniste Eugène Ysaïe qui crée l’œuvre d’une soirée de la SNM, le 29 décembre 1893.

Cette composition, écrite pour la formation classique par excellence, applique le principe franckiste de la forme « cyclique ». Debussy va toutefois plutôt surprendre, voire choquer, par ses audaces harmoniques, son écriture modale, et sa mosaïque de motifs, et aussi son refus de l’expressivité. Un Paul Dukas comprend la richesse de l’œuvre : « claire et nettement dessinée malgré une grande liberté de formes, d’une poésie pénétrante et originale ». Chausson, lui, n’aime pas l’œuvre nouvelle, ce qui peine Debussy : « J’ai senti que le Quatuor ne vous avait fait qu’aimer davantage certaines choses, alors que j’aurais voulu qu’il vous les fasse oublier ». Pour convaincre son ami, Debussy entreprendra la composition d’un second quatuor à cordes où il se promettait d’« anoblir ses formes », mais l’œuvre ne sera jamais achevée. Le quatuor, qui devait également être suivi d’une sonate pour piano et violon, est la dernière contribution du jeune musicien aux formes classiques où il ne reviendra qu’à la toute fin de sa vie. Enfin, l’indication de « Premier quatuor en sol mineur op.10 » peut fort bien, dans l’esprit de Debussy, être teintée d’ironique respect vis à vis de la Société Nationale de Musique – puisque jamais à l’exception de cette œuvre, il ne donna à ses compositions de numéro d’opus ni d’indication de tonalité.

Le premier mouvement, « animé et très décidé », présente d’emblée le thème principal, en mode phrygien, développé avec un second thème comme un mouvement de sonate.
Le scherzo, « assez vif et bien rythmé » est une très jolie page, aux pizzicatis aériens qui varie le thème du premier mouvement. L’andantino « doucement expressif » est le moment le plus franckiste de l’oeuvre et fait entendre, dans sa seconde partie, une nouvelle variante du thème principal. Le finale très modéré présente d’abord une introduction lente, suivie d’un développement « très mouvementé et avec passion » qui transforme et réexpose plusieurs fois le thème cycliste… – seul vestige de la grammaire franciste, héritée de Beethoven, que Debussy abandonnera dès ses œuvres suivantes pour une absolue liberté de forme.

Benoît Duteurtre

Programme

Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)

Quatuor n° 19 en do majeur op. 10 n° 6 « Les dissonances » KV. 465

Allegro

Andante cantabile

Menuet (allegretto)

Allegro

Ludwig van Beethoven (1770-1827)

Quatuor à cordes n° 11 en fa mineur « Serioso » opus 95

Allegro con brio

Allegretto ma non troppo

Allegro assai vivace ma serioso

Larghetto espressivo

Claude Debussy (1862-1918)

Quatuor à cordes en sol mineur opus 10

Animé et très décidé

Assez vif et bien rythmé

Andantino, doucement expressif

Très modéré

Quatuor Arod

Jordan Victoria, Alexandre Vu violon

Tanguy Parisot alto

Jérémy Garbarg violoncelle

Ce concert a été diffusé sur Mezzo : en savoir plus

Biographie

Quatuor Arod

Créé en 2013, le Quatuor Arod a bénéficié de l’enseignement de Mathieu Herzog et de Jean Sulem ainsi que du Quatuor Artemis à la Chapelle Reine Elisabeth de Bruxelles. Il a travaillé par ailleurs régulièrement avec le Quatuor Ebène et le Quatuor Diotima. En 2016, il remporte le Premier Prix du Concours International de l’ARD de Munich. Il avait déjà remporté le Premier Prix du concours Carl Nielsen de Copenhague en 2015 et le Premier Prix du Concours européen de la FNAPEC en 2014. En 2016, il est lauréat HSBC de l’Académie du Festival d’Aix. En 2017, il est nommé « BBC New Generation Artist » pour les saisons 2017 à 2019, et ECHO Rising Star pour la saison 2018-2019.

Depuis quelques saisons, le Quatuor Arod se produit dans les plus grandes salles en France et à travers le monde : Philharmonie de Paris, Opéras de Bordeaux et Montpellier, Konzerthaus et Musikverein de Vienne, Philharmonie de Berlin, Concertgebouw d’Amsterdam, Tonhalle de Zurich, Wigmore Hall et Barbican Center de Londres, Carnegie Hall de New-York, Bozar Bruxelles, Auditori de Barcelone, Elbphilharmonie de Hambourg, Gulbenkian à Lisbonne, Konzerthuset de Stockholm, Philharmonie du Luxembourg, Oji Hall de Tokyo, Mozarteum de Salzbourg… ainsi qu’au Danemark, en Italie, en Serbie, en Finlande, en Serbie, au Maroc, en Israël, en République Tchèque, en Chine… Le Quatuor Arod se produit aussi dans de nombreux festivals : Verbier et Montreux, Aix-en-Provence, Menton, Salon-de-Provence, Folles Journées de Nantes, Besançon, Heidelberg, Rheingau, Mecklenburg-Vorpommern, Bremen Musikfest, Mozartfest Würzburg, Spring Music Festival de Prague, Cheltenham Festival…

Le Quatuor Arod collabore avec des artistes tels que les altistes Amihai Grosz, Antoine Tamestit, Timothy Ridout, et Mathieu Herzog, les pianistes Eric Lesage, Alexandre Tharaud et Adam Laloum, les clarinettistes Martin Fröst, Romain Guyot et Michel Lethiec ou encore les violoncellistes Raphaël Pidoux, Kyril Zlotnikov, Camille Thomas, François Salque, Jérôme Pernoo et Bruno Philippe.

En 2017, il crée le premier quatuor à cordes du compositeur français Benjamin Attahir Al Asr (commande de La Belle Saison, de ProQuartet et du Quatuor Arod). Le Quatuor Arod enregistre en exclusivité pour le label Erato/Warner Classics avec un premier album Mendelssohn (2017), puis un second album consacré à la figure de Mathilde Zemlinsky et avec la participation de la soprano Elsa Dreisig (Schoenberg, Zemlinsky, Webern / 2019) qui remporte notamment le Edison Klassiek 2020. Son nouveau disque « Schubert » sort à l’automne 2020 et rencontre un grand succès public et critique.

Les instruments joués par le Quatuor Arod sont gracieusement prêtés par la Fondation BouboMusic (Suisse).

Le Quatuor Arod est en résidence à la Fondation Singer-Polignac depuis 2015.

Photo © Julien Benhamou

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