L'Histoire du Soldat - Le Balcon

Publié dans Saison 2022-2023

Collège de France - 11 place Marcelin Berthelot 75005 Paris

 

En partenariat avec le Collège de France

Depuis sa création en 1928, la Fondation Singer-Polignac a pour mission de soutenir les arts, les lettres et les sciences, notamment à travers l’organisation d’événements culturels. Depuis le début du XXIe siècle, son mécénat s’adresse plus particulièrement à la musique de chambre et aux jeunes artistes émergents par l’animation d’une résidence artistique qui leur permet de répéter, d’enregistrer et de se produire dans le salon de musique de l’hôtel de la fondation, mais aussi lors de manifestations hors les murs. C’est dans ce cadre que la fondation s’associe au Collège de France pour proposer son traditionnel concert de fin d’année.

Le Collège de France, établi à Paris depuis 1530, répond à une double vocation : être à la fois le lieu de la recherche la plus audacieuse et celui de son enseignement. On y enseigne ainsi à tous les publics intéressés, sans aucune condition d’inscription ni de diplôme, « le savoir en train de se constituer dans tous les domaines des lettres, des sciences ou des arts ».

Les deux institutions ont toujours partagé des liens proches que ce soit par leurs membres ou leur volonté commune de soutenir le savoir et la recherche, comme en témoigne le tout premier colloque de la fondation qui s’est tenu au sein du Collège de France en 1937.

Quatre-vingt-cinq ans plus tard, cette collaboration renaît pour clôturer la série de concerts 2022, en accueillant sur la scène de l’Amphithéâtre Marguerite de Navarre du Collège, les musiciens du Balcon dirigés par Maxime Pascal et accompagnés du comédien Thibaut Thézan pour une adaptation de L’Histoire du Soldat de Stravinsky.

Présentation du concert

L’Histoire du soldat de Stravinsky et Ramuz est une création unique en son genre, née des circonstances de la Première Guerre mondiale, et de la rencontre amicale entre le compositeur russe et le poète vaudois. Joué pour la première fois à Lausanne en 1918, ce « mimodrame » (mêlant récit et séquences musicales) allait rapidement entrer au répertoire commun des musiciens et des comédiens. Mais l’Histoire du soldat marque aussi, par son dépouillement, une orientation nouvelle dans l’œuvre d’Igor Stravinsky après les grands ballets parisiens d’avant guerre.

Quelques années plus tôt, celui-ci était un jeune musicien totalement inconnu, débarquant dans la capitale française avec les Ballets Russes de Serge de Diaghilev. En 1910, il est devenu célèbre du jour au lendemain après la création de L’Oiseau de feu, dirigé à l’Opéra de Paris par Gabriel Pierné. Tout le milieu artistique français s’est entiché du jeune compositeur slave qui – selon Debussy - « fait le baise-main aux dames en leur marchant sur les pieds ». Plus encore après la création de son second ballet Petrouchka, Stravinsky s’est rapproché de Debussy, Ravel, Satie, Schmitt et des artistes les plus novateurs. Enfin, la création scandaleuse du Sacre du printemps aux Champs-Élysées en 1913 l’a consacré comme chef de file de l’avant-garde musicale.

A la veille de la guerre, Stravinsky est donc connu pour ces grandes partitions symphoniques où il a donné toute la mesure de sa phénoménale originalité : des rythmes d’une liberté inconnue, des couleurs instrumentales sauvages et flamboyantes. Mais s’il est devenu une figure centrale de la vie artistique parisienne, le compositeur a décidé de s’installer avec toute sa famille en Suisse, au bord du lac Léman, où il a trouvé un lieu favorable à son travail. C’est ainsi qu’il a composé la plus grande partie du Sacre du printemps à Clarens, près de Montreux. Et quand la guerre éclate, en 1914, il se fixe complètement dans ce pays de Vaud où réside son ami le chef d'orchestre Ernest Ansermet. En 1915, enfin, ce dernier lui présente le poète vaudois Ferdinand Ramuz auquel Stravinsky va s’associer jusqu’à la fin de la guerre dans toute une série de créations.

Ramuz, quant à lui, a quatre ans de plus que Stravinsky. Originaire de Lausanne, il s’est tourné d’abord vers la poésie, puis il s’est installé à Paris où la fréquentation du milieu littéraire l’a aidé à prendre conscience de la spécificité de son style et de sa langue. Ses romans d’une inspiration populaire très personnelle le désigneront bientôt comme le plus grand écrivain vaudois. Mais il rentre en Suisse lui aussi, au début de la guerre, et sympathise avec Stravinsky d’une façon qu’il évoque précisément dans ses Souvenirs sur Igor Strawinsky (1929). Il insiste notamment sur le fait qu'il n'y eut « aucune discussion artistique ou esthétique ». Il précise en revanche que les deux hommes passèrent un bon moment ensemble à goûter un vin du pays vaudois, et se rappelle « cette parfaite entente préliminaire dont le pain et le vin d'ici furent l'occasion ». Voilà qui souligne le naturel de cette amitié entre un poète et un musicien qui avaient le goût des choses concrètes plus que des idées générales. Et ils vont alors entreprendre, pendant trois ans, de faire du théâtre et de la musique en utilisant ce qu'ils ont sous la main : quelques contes populaires russes, quelques instrumentistes et la langue française. Ainsi vont naître trois joyaux de l'art du XXe siècle : Renard, Noces et enfin l'Histoire du soldat.

Première œuvre née de cette collaboration, Renard, est une commande passée de Paris en 1915 par Winnaretta Singer, princesse de Polignac. Cette merveilleuse cantate de chambre, permet aux deux amis de mettre au point leur système . A l’origine, c’est un texte extrait des Contes populaires russes d'Alexandre Afanassiev, proche du Roman de Renart. Stravinsky écrit la musique sur le texte russe, mais les paroles sont simultanément adaptées en français par Ramuz qui restitue scrupuleusement le rythme et les accents dans la version française. L'exercice ira plus loin encore avec la fabuleuse partition de Noces, publiée simultanément en russe et en français.

Dans Renard et Les Noces, Ramuz se contente donc d’adapter la partition à la langue française. Mais l’Histoire du soldat est une autre aventure, dans laquelle Ramuz va écrire un texte entièrement original, joué par trois comédiens et une danseuse, et accompagné par une partition instrumentale de Stravinsky. Le point de départ est à nouveau un conte russe : l'histoire du Diable et d'un déserteur. Mais le poète vaudois développe sur cet argument un texte très personnel, dans une langue fleurie mêlant les vers libres et la prose rythmée. Le compositeur, de son côté, compose une partition pour petit ensemble où l’on retrouve ces jeux de répétition, de régularité et d’irrégularité qui semblent relier la langue de Ramuz et celle de Stravinsky.

Quand le compositeur et le poète entreprennent ce projet, début 1918, Stravinsky n’est pas sans connaître certaines difficultés matérielles – alors qu’il est frappé par plusieurs deuils dans sa famille, puis séparé de son pays natal par la Révolution. D’autre part, la guerre rend difficile la constitution de grandes formations musicales. D'où son idée, avec Ramuz et le chef d’orchestre Ansermet, de concevoir cette Histoire du soldat comme un spectacle ambulant, léger, qui pourrait se donner dans de petites villes à travers la Suisse. Stravinsky opte donc pour une orchestration dépouillée qui utilise deux instruments de chaque famille, l'un grave et l'autre aigu : violon et contrebasse, clarinette et basson, cornet à pistons et trombone, et enfin une percussion. Cette sonorité rugueuse lui permet d'imaginer des mixtures sonores d’un genre tout à fait nouveau ; mais la partition reste sous-tendue par cette machine rythmique fabuleuse qui, depuis Pétrouchka, caractérise l'art stravinskien. Il y ajoute également des rythmes tirés des nouvelles danses en vogue : tango ou ragtime, librement accommodés à la sauce stravinskienne. Le compositeur, dans ses Chroniques de ma vie, insiste également sur l'importance qu'il attachait, lors de la création, à la présence des musiciens sur la scène. Se disant opposé à l'écoute de ses œuvres les yeux fermés, il considère la gestique des instrumentistes comme un élément de la musique, et l’orchestre comme une des trois composantes du spectacle, à côté du texte récité et du jeu des acteurs.

L'Histoire du soldat sera enfin montée peu avant la fin de la guerre grâce à toute une palette d'amitiés et de soutiens, tels ceux du mécène Werner Reinhart, du grand décorateur René Auberjonois, du couple de comédiens Georges et Ludmilla Pitoeff – lui jouant le rôle du Diable et elle dansant celui de la princesse. On note aussi la présence, dans cette troupe dirigée par Ansermet, du jeune comédien suisse Jean Villard, qui joue le soldat, et deviendra plus tard célèbre sous le nom de Gilles au sein du duo de chanteurs Gilles et Julien. Créée au théâtre de Lausanne le 29 septembre 1918, l’œuvre ne connaîtra pas la destinée qui lui était promise, du fait de l'épidémie de grippe espagnole qui interdit les déplacements du spectacle ambulant. Et de retour à Paris après la guerre, Stravinsky reprendra ses activités de compositeur de grandes partitions d’orchestre. Mais l'Histoire du soldat s'imposera également comme une de ses compositions les plus populaires. On pourrait même considérer, d’une certaine façon, que cette partition, par son dépouillement, met à nu l’art stravinskien et en révèle les rouages. Mais c’est aussi l’alliance d’une langue musicale et d’une langue poétique savoureuse, intimement liées l’une à l’autre, qui fait la magie toujours neuve et saisissante de cette œuvre.


Benoît Duteurtre

Igor Stravinsky (1882-1971)

L’Histoire du soldat sur un livret de Charles Ferdinand Ramuz (1918)

  • Marche du Soldat
  • Musique de la première scène : Petits airs au bord du ruisseau
  • Musique de la deuxième scène : Pastorale
  • Musique de la troisième scène : Petits airs au bord du ruisseau (reprise)
  • Marche du Soldat (reprise)
  • Marche Royale
  • Petit concert
  • Trois danses : Tango, Valse, Ragtime
  • Danse du Diable
  • Petit choral
  • Couplets du Diable
  • Grand choral
  • Marche triomphale du Diable
Interprètes
    • Thibaut Thézan comédien et mise en espace
    • Le Balcon
    • Iris Zerdoud clarinette
    • Julien Abbes basson
    • Matthias Champon trompette
    • Maxime Delattre trombone
    • François-Xavier Plancqueel percussions
    • Hélène Marechaux violon
    • Simon Guidicelli contrebasse
    • Maxime Pascal direction

Thibaut Thézan comédien

Thibaut Thezan s’est formé au Cours Florent. Artiste aux activités multiples, il apparaît au cinéma, au théâtre et sur le petit-écran.

Au cinéma, il a tenu les rôles principaux de plusieurs courts-métrages tels que De ma fenêtre de Romain Kronenberg, Hack&Catch de Terence Marill ou Atten’tifs d’Eve Dufaud dans le cadre du festival “Le cinéma, c’est jamais trop court”. On le retrouve également dans Dressed as a Girl et Jokers, respectivement réalisés par Enzo Mescudi et Chloé Ménager en 2015, ainsi que dans le court-métrage Entertainment, sous la direction de Vincent Duquesne.

Sur le petit écran, on le retrouve aux côtés de Samuel Le Bihan et Louise Monot dans le dernier téléfilm de Nina Companeez Le Général du Roi en 2014. Il a également tourné dans diverses séries et web-séries.

Sur scène, il participe à diverses créations telles que Judith d’Howard Barker (mise en scène de Marine Torre) au Théâtre de la Reine Blanche à Paris, ou encore Epître aux jeunes acteurs d’Olivier Py dont il a également signé la mise en scène. En 2016, il était à l’affiche du Théâtre du Funambule avec la pièce Nature morte dans un fossé.

Passionné par la musique et l’opérette, il signe sa première mise en scène avec Les Saltimbanques de Louis Ganne, une opérette en trois actes, au Théâtre de Saint-Malo en décembre 2017. Il participe également à la production de plusieurs pièces de Jacques Offenbach. Il met en scène Orphée aux Enfers en 2019, au Phare de Saint-Coulomb avec l’assocation malouine MMM, ainsi que La Périchole avec le choeur Cant’opérette, en octobre 2022. 

En 2020, il incarne le rôle de l’Arbitre du Temps dans l’opéra Dienstag Aus Licht de Stockhausen, sur la prestigieuse scène de la Philharmonie de Paris sous la direction de Maxime Pascal et Damien Bigourdan.


© Tristram Kenton

Le Balcon

Le Balcon est fondé en 2008 par un chef d’orchestre (Maxime Pascal), un ingénieur du son (Florent Derex), un pianiste et chef de chant (Alphonse Cemin) trois compositeurs (Juan Pablo Carreño, Mathieu Costecalde, Pedro Garcia Velasquez). Le Balcon se métamorphose au gré des projets, des concerts, aussi bien dans l’effectif, dans l’identité visuelle ou scénographique, que dans le rapport à la sonorisation ou à la musique électronique.

Le Balcon tire son nom de la pièce de Jean Genet (Le Balcon, 1956). À l’instar du dramaturge, il situe son engagement artistique et musical à l’endroit du récit, de la parole et de la représentation.

En résidence à l’église Saint-Merry puis au Théâtre de l’Athénée, l’ensemble devient collectif, rassemblant un orchestre, une troupe d’artistes pluridisciplinaires. Le Balcon présente dès lors des œuvres issues d’un répertoire balayant toutes les périodes de l’histoire de la musique, avec une prédilection pour les œuvres des XXe et XXIe siècles. Le Balcon a présenté plusieurs opéras tels que Ariane à Naxos de Strauss, Le Balcon d’Eötvös, La Métamorphose de Levinas, Le Premier Meurtre de Lavandier ou Jakob Lenz de Rihm. 

En 2018, Le Balcon démarre la production de Licht, les Sept jours de la semaine de Stockhausen. Chaque automne, l’un des sept opéras de ce grand cycle est révélé au public. Après le Jeudi de Lumière (2018), le Samedi de Lumière (2019) et le Mardi de Lumière (2020), Le Balcon montrera le Vendredi de Lumière à l’automne 2022. 

Depuis 2018, Le Balcon inscrit des commandes de nouvelles œuvres en accueillant tous les ans des compositeurs en résidence avec le soutien de la Fondation Singer-Polignac.

En 2022, Le Balcon interprète le nouvel opéra Like Flesh d’Eldar à l’Opéra de Lille, Jakob Lenz de Rihm au Festival de Salzbourg, Freitag aus Licht de Stockhausen et une nouvelle version de La Petite Boutique des horreurs de Menken (arrangement de Lavandier) à l’Opéra Comique. Son enregistrement du Chant de la terre (Mahler/Schönberg) est sorti le 27 mai, avec des concerts aux festivals de Saint-Denis, Chambord et Messiaen au Pays de la Meije. 

Le Balcon est en résidence à la Fondation Singer-Polignac depuis 2010 et artiste associé depuis 2016.

Le Balcon est soutenu par le Ministère de la Culture, la fondation C’est vous l’avenir Société Générale, la région Île-de-France, la Ville de Paris, la Fondation Singer-Polignac, le Centre national de la musique, la SACEM et la Copie privée. 


© Jean-Bapstiste Millot

Maxime Pascal direction artistique

Maxime Pascal est un chef d’orchestre français, directeur artistique du Balcon. 

Originaire de Carcassonne, il étudie au Conservatoire de Paris le violon, l’écriture, l’analyse musicale et l’orchestration, et suit l’enseignement de direction d’orchestre de François-Xavier Roth. Avec cinq autres étudiants, il crée en 2008 Le Balcon, un collectif réunissant instrumentistes, chanteurs, compositeurs, techniciens et artistes pluridisciplinaires. L’émergence du Balcon, en résidence au Théâtre de l’Athénée depuis 2013, lui permet d’explorer un répertoire lyrique, symphonique et chambriste avec une prédilection pour un répertoire allant de 1945 à nos jours, en effectuant un travail ambitieux sur la spatialisation et la diffusion du son.

Entamant une carrière internationale de chef d’orchestre, Maxime Pascal devient en 2014 le premier lauréat français du Nestlé and Salzburg Festival Young Conductor Award.

En 2015, Maxime Pascal fait ses débuts à l’Opéra national de Paris, dirigeant galas, ballets, puis L’Heure espagnole de Ravel et Gianni Schicchi de Puccini, mis en scène par Laurent Pelly. Avec l’orchestre et le ballet de l’Opéra de Paris, il part en tournée au Japon en 2017 et en Espagne en 2019. 

Il dirige plusieurs créations lyriques de notre temps : Ti vedo, ti sento, mi perdo (2017)de Sciarrino et Quartett (2010)de Francesconi au Teatro alla Scala, La Métamorphose (2010) de Levinas, Like Flesh (2022) d’Eldar à l’Opéra de Lille et Sleepless d’Eötvös (2021) au Staatsoper Berlin et au Grand théâtre de Genève. Il dirige également des opéras du répertoire : Pelléas et Mélisande de Debussy au Staatsoper Berlin et à l’Opéra de Malmö, Samson et Dalila de Saint-Saëns et Lulu de Berg au Tokyo Nikikai. 

Ces dernières années, il a dirigé de nombreux orchestres en France (Orchestre du Capitole de Toulouse, Orchestre de chambre de Paris, Orchestre national de Bordeaux, Orchestre national de Lille), en Europe (le Hallé, le Mahler Chamber Orchestra, l’Orchestra della Rai, le Nörköpping Orchestra…), au Japon (Yomiuri Nippon Orchestra, Nagoya Philharmonic, Tokyo Philharmonic Orchestra), et en Amérique du Sud Orquesta Simón Bolívar de Venezuela, Orquesta Nacional de Colombia…). Il est également le directeur artistique de l’Impromptu, un orchestre amateur basé à la Cité Universitaire Internationale de Paris. 

Avec Le Balcon, il se lance en 2018 dans la réalisation de Licht, les sept jours de la semaine de Stockhausen. Chaque automne, l’un des sept opéras de ce grand cycle est révélé au public. 

Prochainement, il dirigera l’Orchestre de Norrköping (Suède), l’Orchestre de Bolzano (Italie), l’Orchestre de Malmö (Suède), l’Orchestre du Capitole de Toulouse (France), l’Orchestre de Dresde (Allemagne), et la création de L’Abrégé des merveilles de Marco Polo, un nouvel opéra d’Arthur Lavandier, à l’Opéra de Rouen et au Festival Berlioz. Il sera également au Festival de Salzbourg pour diriger Jeanne d’arc au bûcher de Honegger et Jakob Lenz de Rihm, avec Le Balcon

Maxime Pascal est également un des conseillers musicaux de la Fondation Singer-Polignac.