Archives des gens simples

Publié dans Colloques Sciences & Sciences Humaines

Gustave Janet (1829-1898)
Distributions aux Fourneaux du Prince Impérial, Faubourg Saint-Antoine
dessin paru dans Le Journal Illustré n° 234 du 20 au 27 décembre 1868

Avant-propos

La Société des Amis des Archives de France organise périodiquement des rencontres savantes sur un thème qui marque la contribution majeure des archives à l’écriture de l’histoire. Elle souhaite mettre en œuvre une rencontre analogue, consacrée aux « Archives des gens simples. ».

Un individu obscur qui aujourd’hui meurt solitaire laisse derrière lui un porte-monnaie et puis des pièces d’identité, et aussi des papiers personnels, soit des lettres chiffonnées et des photos effacées, peut être encore quelques objets tels que montre, médaille et bijou ou même, comme autrefois, des fleurs séchées et des mèches de cheveux. Ce sont là les limites habituelles des archives des gens simples ; elles sont brèves et pauvres, banales et énigmatiques à la fois car une part de leur signification s’est évanouie avec leur détenteur.

Deux sortes de traces s’y distinguent, celles du souvenir et celles de la nécessité sociale. Le pouvoir politique, le milieu d’existence imposent des titres de reconnaissance, des papiers officiels qui reflètent et autorisent l’identité, le statut, les moyens de chaque personne. L’affectivité peut avoir eu sa part dans le choix des actes publics que la personne a voulu conserver si longtemps ; ils lui parlaient de moments inoubliables : cachet de communion, missel, diplômes d’études, livret de mariage, récompenses militaires, certificats professionnels, etc.

Les archives de la vie privée, celles du pur souvenir sont plus incertaines, moins prévisibles car intimes et arbitraires. Ce sont d’abord des images qui représentent des parents, époux et enfants, et rappellent la place qu’ils ont tenu dans la vie. Ce sont aussi des textes – même chez des gens très peu accoutumés à la lecture - des lettres précieuses, d’amours ou même de malheurs. Quant à des restes matériels, comme mouchoir brodé, carte postale ou babiole porte bonheur ils appartiennent, bien sûr, à ce même patrimoine affectif ; ils témoignent d’émotions passées, de rares et riches moments de mémoire. Ce modeste héritage résume ce qui tenait le plus à cœur au défunt puisque dans la surprise d’une mort soudaine et dans un certain dénuement, ou encore dans l’isolement d’un âge avancé et dans le désintérêt d’une dernière phase de vie, il l’a gardé par-devers lui dans une poche intérieure, dans un balluchon, sur un appui de cheminée, dans un tiroir de table de nuit ou dans un casier d’hospice.

Ces documents de la vie des humbles tirent un intérêt archivistique de leur rareté même car leur banalité et leur discrédit ont le plus souvent entraîné leur destruction et empêché de prêter attention à la cohérence, à la valeur intrinsèque de chacun de ces recueils posthumes. De telles sortes d’archives représentent pourtant les titres les plus élémentaires de l’individu dans une époque donnée, les droits et obligations auxquels il a été soumis durant son existence fugitive. Bien plus, elles recèlent, pour qui sait les lire, des morceaux éclatés de récits de vie, tracés de trajectoires sociales, reliques de personnalités. Ces bribes de biographies innombrables seraient négligeables dans une stricte perspective statistique, elles deviennent précieuses si l’on postule que toute aventure humaine, toute expérience, pensée ou émotion individuelle détient son originalité, sa spécificité, non pas son unicité idéale mais certainement sa propre valeur historique si infime soit elle.

Les intervenants présenteront des cas exemplaires (quels que soient les temps et lieux) qui puissent illustrer le sujet. Quelles peuvent être les archives personnelles laissées par des gens obscurs, de tout niveau de fortune ou de misère ? Quelles sont les traces qui restent d’une existence médiocre, ou d’une éventuelle marginalité ? Au pire, que subsiste-t-il des situations de solitude comme rupture des liens familiaux, absence de rapports sociaux, mendicité, nomadisme ? Quelles normes de documents officiels, quels types de papiers privés recèlent les histoires de vie de telles gens ? Quelles institutions peuvent les conserver (caisses de retraite / monts de piété et prêts sur gages / œuvres caritatives / sources médicales, militaires ou judiciaires / hospices, hôpitaux, prisons, etc.) ?

Comité scientifique
  • Yves-Marie BERCE, membre de l’Institut, spécialiste d’histoire de la société et des institutions des temps modernes
  • Claude GAUVARD professeur émérite d’histoire médiévale à l’université Panthéon-Sorbonne, historienne de la justice au Moyen Âge
  • Philippe HENWOOD, conservateur général du patrimoine honoraire, historien
  • Paule RENE-BAZIN, conservateur général du patrimoine honoraire, spécialiste de la société au XXe siècle
Partenaire
Pre-inscription

Programme

mardi 26 septembre 2017

9h30 - Accueil et inscription des participants

10h - Ouverture du colloque

Séance 1

Traces et premiers écrits (du Moyen Âge à l’Âge classique)

Président : Jean-Pierre Bardet

11h15 Pause

12h30 Discussion

13h-14h Buffet déjeuner

Séance 2

Comptes de petites gens (XVIIIe siècle)

Président : Jean-Christian Petitfils

15h30 Pause

17h15 Discussion

17h45 Fin de la première journée


mercredi 27 septembre 2017

9h15 Accueil et inscription des participants

9h30 Ouverture du colloque

Séance 3

Archives de pauvres gens (XIXe siècle)

Présidente : Michelle Perrot

11h Pause

12h45 Discussion

13h-14h Buffet déjeuner

Séance 4

Identités, papiers et témoignages (XXe siècle)

Présidente : Annette Wieviorka

15h30 Pause

16h45 Discussion

17h15 Clôture du colloque

Résumés de présentations et vidéos

Les brûlements de papiers dans les révoltes populaires des temps modernes par Yves-Marie Berce

N.C

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Entre rejet et appropriation : les gens simples et la preuve écrite au XVIIe siècle par Anne Beroujon

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Paroles de vignerons, Chartres vers 1750 par Benoît Garnot

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Les archives du petit peuple au filtre de la justice médiévale : esquisse d’un bilan par Claude Gauvard

N.C

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Archives des vignerons du sud de l’Île-de-France au temps de la révolution (1780-1810) par Serge Bianchi

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La subtile complexité des archives de gens simples au XVIIIesiècle par Arlette Farge

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Des bribes d’histoires individuelles pour quel portrait collectif ? Pauvres et misérables dans la France du XVIIIe siècle par Laurence Fontaine

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Archives plurilingues. Traces d’hommes et de femmes polyglottes dans les archives parisiennes, XVIIIe siècle par Ulrike Krampl

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Les marchands à Versailles au XVIIIe siècle : inventaires après décès par Catherine Lecomte

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La prose des écrivains publics, Paris XVIIIe siècle par Christine Metayer

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Archives de familles gitanes par Henriette Asseo

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Écrits d’un charpentier, fin XIXe siècle par Jacques-Olivier Boudon

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Les archives succinctes du gibier pénal, 1830-1930 par Frédéric Chauvaud

N.C

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Réflexions sur la manière d’utiliser les archives des gens simples dans les campagnes françaises du XIXe siècle par Alain Corbin

N.C

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Les Français à l’étranger au XIXe siècle. Illusions et réalité par Pascal Even

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Foyer maternel, marraine, nourrice : 1945-1965. Une correspondance retrouvée par Jean-François Lae

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Le fonds de l’APA (Association pour l’autobiographie): archives volontaires, archives involontaires par Philippe Lejeune

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Les impressions et publications populaires par Philippe Nieto

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ATD Quart Monde : un mouvement chroniqueur de la vie des exclus par Paule René-Bazin

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Variations des documents d’identité par Vanessa Szollosi

N.C

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Biographies

Jean-Pierre Bardet

professeur émérite d’histoire moderne à l’université Paris-Sorbonne, spécialiste d’histoire de la population

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Yves-Marie Berce

membre de l’institut, spécialiste d’histoire de la société et des institutions des temps modernes

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Anne Béroujon

maître de conférence à l’université de Grenoble, spécialiste d’histoire de la société et de la population des temps modernes

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Benoît Garnot

professeur émérite d’histoire moderne à l’université de Bourgogne, spécialiste de l’histoire de la justice

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Claude Gauvard

professeur émérite d’histoire médiévale à l’université Panthéon-Sorbonne, historienne de la justice au Moyen Âge

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Jean-Christian Petitfils

historien

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Serge Bianchi

N.C

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Arlette Farge

directeur émérite de recherche au CNRS, historienne de Paris au XVIIIe siècle

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Laurence Fontaine

directeur émérite de recherche au CNRS, historienne de l’économie et de la société aux temps modernes

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Ulrike Krampl

professeur d’histoire moderne à l’université de Tours, historienne de la société au XVIIIe siècle

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Catherine Lecomte

professeur émérite d’histoire du droit, spécialiste des institutions et des faits sociaux au XVIIIe siècle

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Christine Metayer

professeur d’histoire moderne à l’université Sherbrooke (Canada), historienne de Paris au XVIIIe siècle

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Michelle Perrot

professeur émérite d’histoire contemporaine à l’université Diderot-Paris 7, historienne de la société

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Henriette Asseo

directeur émérite de recherche au CNRS, spécialiste de l’histoire des gitans et des bohémiens

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Jacques-Olivier Boudon

professeur d’histoire contemporaine à l’université Paris-Sorbonne, spécialiste de la société et des institutions au XIXe siècle

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Frédéric Chauvaud

professeur d’histoire contemporaine à l’université de Poitiers, historien des administrations judiciaires et pénitentiaires

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Alain Corbin

professeur émérite d’histoire contemporaine à l’université de Caen, historien de la société aux XIXe et XXe siècles

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Pascal Even

conservateur général du patrimoine, ministère des Affaires étrangères

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Isabelle Robin

maître de conférence d’histoire moderne à l’université Paris-Sorbonne, spécialiste de démographie historique

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Annette Wieviorka

directrice émérite de recherche au CNRS, spécialiste de la Deuxième Guerre mondiale

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Jean-François Lae

professeur de sociologie à l’université Paris 8, spécialiste de la société et de la culture au XXe siècle

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Philippe Lejeune

maître de conférence émérite à l’université Paris 13, fondateur de l’association pour l’autobiographie

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Philippe Nieto

conservateur du patrimoine à la bibliothèque des Archives Nationales, spécialiste de la culture populaire

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Paule René-Bazin

conservateur général du patrimoine honoraire, spécialiste de la société au XXe siècle

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Vanessa Szollosi

conservateur du patrimoine aux Archives nationales, responsable du pôle des affaires sociales

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