33 Champs-Elysées

Elysées 00-34 (décembre 1936 ? non daté)

Ma très chère Winnie,

je me disais bien que votre silence...un anthrax au doigt, mais c'est affreusement douloureux. Pourquoi un anthrax ? Prenez les plus grandes précautions aussi longtemps qu'il le faudra, je vous en prie ! Si vous restiez là-bas, j'irais vous voir, car je veux essayer (grippe, bronchite, le tout traînant depuis une quinzaine) de partir le 15, de prendre une chambre d'hôtel au soleil, à Nice, et d'y passer huit jours comme un veau. Car je suis fatiguée, et je me fais l'effet d'être votre propre grand-mère.

Je me méfie de votre terrible impatience et des imprudences que vous êtes capable de faire en faveur du piano et de l'orgue. J'espère que ces funestes instruments n'ont pas encore pénétré dans la Principauté ! Je vous surveille en esprit. Cette nurse que vous voyez de votre fenêtre, c'est moi. Ce superbe flic à moustaches, c'est moi aussi. Et l'avenant sommelier qui frappe par erreur à votre porte, juste au moment où vous alliez vous endormir, pour emporter le plateau à thé, c'est également moi. Je vous embrasse, ma très chère Winnie, avec un coeur plein de récrimination et de tendre amitié, et de souhaits de guérison magique

Votre Colette.

29 décembre 1920 (photocopie confiée par la Fondation Manuel de Falla)

Cher Monsieur,

Je suis tout à fait attristée de savoir que vous avez été si souffrant. J'ai été malade moi-même tout l'été. Je ne puis malheureusement vous fixer aucune date pour la représentation. Prenez tout le temps que vous voudrez pour finir l'oeuvre.

Je suis trop souffrante encore pour faire un projet d'ici longtemps. Tous mes meilleurs souvenirs.

Pcesse Ed de Polignac.

Paris, le 6 Mai 1906

A Madame la Princesse Ed. de Polignac,

Madame,

    Vous avez montré un si aimable empressement à donner votre appui aux poètes qui ont fondé "Vers et Prose", que nous n'hésitons pas, pour le bien même d'une oeuvre dont l'esprit sut vous intéresser, à vous demander un service.

Vous nous feriez un très grand plaisir, Madame, si vous vouliez consentir à nous envoyer une liste, (fût-elle courte : je sais bien que les amateurs des plus hautes manifestations de l'esprit sont rares), une liste de personnes auxquelles vous croyez pouvoir nous conseiller d'adresser notre recueil, et que vous pensez susceptibles, ainsi que vous l'avez fait, de nous accorder un appui bienveillant.

Nous vous en aurions une très grande reconnaissance. N'est-il pas vrai, Madame, qu'entre les poètes et ceux qui les aiment et comprennent, peut s'établir une aussi gracieuse complicité, lorsque le projet, des deux parts, ne tend à rien de plus criminel qu'à faire profiter et s'inquiéter d'art noble et de beauté les personnes désignées ?

Permettez-nous, Madame, tout en nous excusant de cette demande, de vous faire agréer l'expression de notre vive gratitude et de notre haute considération.

Paul Fort

Luudi 24 oct 98

(Au Prince Edmond de Polignac)

Mon cher ami,

Quel tuyaux Médéiques voulez-vous ? Il n’y en a guère - C’est simple, (peut-être trop simple !... et parfois j’ai quelque honte à vous l’avoir dédié...) et vous comprendrez tout de suite sans vous mettre les tenailles aux méninges.

Cependant, si vous voulez des détails, puis-je vous dire qu’il y a deux thèmes se rapportant à Médée - l’un, plutôt enchanteur (elle l’était, enchanteresse) qui revient à la fin du 1er prélude et à la fin du 3ème acte (trop vite) pour caractériser sa magique montée sous le soleil, l’autre, plutôt sombre et très faux (cette femme étant la fausseté même), que le pauvre Guerra, chef d’orchestre de la Renaisssance, un élève à Mercadante !!! (saluez ! ) n’a point encore pu avaler, çà ne passe pas, il a tenu 1/4 d’heure l’orchestre sur le 1er accord hier, s’épuisant à chercher la faute...il n’y en avait pas - mais ces beaux italiens n’y sont plus, quand on les sort de la "tonante" et de la "dominique " (pardon...rectifiez vous-même ).

Donc, et de deux, voilà pour Médée, (pour mémoire, son thème solaire est en fa et le thème sombre sans aucun ton).

Quant à Jason, il fornique généralement dans les dièzes - tellement diézés que çà en arrive à être en b (ut # min = ré b majeur) - ce thème bêtement amoureux fait le sujet du prélude du 2ème acte qui ressemble à s’y méprendre à du Cavallerin rusticana, - passons.

Le prélude du 3 est mieux, c’est l’attente de Médée sous les rayons de la lune, sa maman, le thème solaire (vous savez que le soleil, c’est son papa) se refroidit, se bleuit et s’allonge comme il convient à une ombre lunaire, un peu de fièvre d’amour au milieu, et terminaison calme et aussi lunaire que possible.

Entre-temps, au 2ème acte, il y a eu une petite berceuse (de 16 mesures) pour les enfants, assez bien, qui revient au moment du crime où elle les berce dans la mort par des bons trombones PP. -Avant çà, 2 incantations ( ce qui je crois est le meilleur de la partition) l’une très douce à Phoebé avec le thème solo-lunaire, l’autre pleine d’épouvante (à Hécate) avec le thème de fureur (un que j’avais oublié de vous présenter et qui se meut déjà dans le 1er prélude).

Je crois bien que c’est tout... ce qu’il y a de bien : le prélude du 3, les 2 incantations, et peut-être aussi le 1er prélude -voilà-

Et Sarule hier me commande (en même temps qu’un gros rocher au décorateur) 64 mesures pour demain soir, orchestré, tout !... Vous voyez çà d’ici, moi qui mets parfois 8 jours à faire 16 mesures.

Je me suis piqué d’honneur, et çà sera fait à l’heure, copié etc..- çà ne sera peut-être pas le plus mauvais illisible de la partition. La mise en scène est épatante comme mouvement, il n’ y a sur la scène qu’une trentaine de petites femmes toutes plus jolies les unes que les autres qui jouent toutes comme il faudrait que jouent nos 1ers rôles de l’Opéra. - C’est charmant - et puis, elles sont vraiment très gentilles, demandez à Bordes - il en bavait.

Je vous aurai une place pour la première -Et si vous avez le temps de venir jeudi soir à la répétition générale, je pourrai vous voir aussi.

A bientôt et pardon de cette lettre décousue écrite au café, tout en mettant des coups d’archet sur mes 64 mesures Bien à vous

Vincent d’Indy

Important :Je crois que c’est vous qui avez mes notes Wülhuesiennes(?) sur les Symphonies de Beethoven ; si vous ne les avez pas égarées, vous seriez bien gentil de me les renvoyer pour quelques jours, à cause de arcelone où je dirige la 4ème la 6ème et la 8ème - je vous les rendrai si vous y tenez.

                                                                                                              43 Avenue Henri Martin

Monsieur, Je m'excuse de n'avoir pu encore vous remercier de votre lettre, et vous dire mon regret d'avoir été obligée de remettre mon voyage en Espagne. Les nouvelles que vous me donnez de votre ouvrage me font bien grand plaisir, et j'ai hâte de le connaître. Ne devez-vous pas venir à Paris prochainement ? Des amis communs me l'avaient fait espérer. Je ne quitterai Paris qu'au mois d'août, et je serais très heureuse si d'ici là j'avais l'occasion de vous rencontrer.

Croyez je vous prie Monsieur à toute la part que je prends au deuil qui vous a si cruellement frappé, et que j'ai appris avec beaucoup de respect.

J'espère vous voir bientôt à Paris, ou en Espagne plus tard - et je vous envoie en attendant l'expression de mes sentiments très distingués

Pcesse Ed de Polignac

15 mai 19 

Arcueil. Cachan, le 10 oct. 1918

 

Chère & Bonne Princesse ---- Je viens vous demander un grand service. Lors de ma condamnation, vous m'avez remis très amicalement une somme de onze cents francs. Sur cette somme, j'ai payé 211F, 26. Il reste donc 888F, 74.

C'est ici que je m'adresse à vous - -

A la suite des malheurs & des originalités de la présente guerre, je me trouve dépourvu de sous, ducats & autres objets de ce genre. Le manque de ces bibelots fait que je ne suis pas très à mon aise. Oui, - --  & La Nécessité* (*un bien drôle d'animal) me fait, Chère Madame, me tourner vers vous, & m'incite à vous prier de m'autoriser à me servir des 888F, 74 dont il est question plus haut.

Vous savez, Princesse, que je n'ai nullement l'intention de donner un sou au noble critique cause de mes maux judiciaires. Cent francs me suffiront pour le mener en référé & pour parer ses mauvais coups, & lui tenir tête, s'il m'attaque.

Puis-je disposer de ce reliquat ?

Comme avance ?

------ Comment allez-vous ? j'ai eu de vos nouvelles par Madame Cocteau. Picasso m'a dit vous avoir vue. Quand aurai-je ce plaisir ?

Je ne compte pas vous envoyer "Socrate" avant de vous l'avoir soumis (lire : de vous l'avoir soumis à l'audition). Je remets l'orchestre au net. L'ouvrage reste ainsi que nous en avions parlé tous deux, Chère & Bonne Princesse.

Nous aurons un joli spectacle avec le Renard, car l'oeuvre de Stravinsky est bien, très bien. Revenez vite, Madame ; portez-vous bien; & croyez-moi votre respectueux et dévoué,

Erik Satie.

Schola cantorum

Ecole supérieure de musique

209, rue St-Jacques

Direction

Paris, le 27 nov. 1930

Chère Madame et amie,

Je me suis assuré de tout notre petit monde pour le samedi 13 décembre, soir, avec 2 répétitions, avenue Henri-Matisse (en place), et une troisième qui précèdera les 2 autres et se fera à la Schola, pour vous présenter un équilibre, établi déjà.

Selon toute probabilité, les répétitions à faire dans votre atelier (à la place où seront les 3 pianos) auront lieu le jeudi 11 et vendredi 12, à 4 heures, mais cela ne sera sûr que dans quelques jours et je vous l’écrirai aussitôt.

Je ne puis pas, non plus, vous donner aujourd’hui, le devis exact des frais de concert, car je n’ai pas encore reçu les prix syndicataires auxquels je dois me conformer pour faire les engagements. Aussitôt ces prix reçus, je vous communiquerai ce petit compte. Vous avez deus solistes en plus (pour le Concerto en Ré), un flûtiste et un violoniste que je choisirai parmi les professeurs de l’Ecole.

Une dernière question, celle du matériel- Nous possédons à la Schola le matériel complet que nous pouvons vous louer, à l’exception de la partie du 1er violon dont nous avons 1 exemplaire, tandis qu’il en faudra deux. Pouvez-vous fournir cette partie de 1er violon manquante ?

D’autre part, si vous avez vous-même toute la musique exigée pour l’exécution, nous jouerons sur vos exemplaires, ce qui fera autant d’économisé.

Pardon de tous ces détails, mais, pour faire de grandes choses, il est nécessaire d’en fournir beaucoup de petites...

Donc, dans quelques jours, vous recevrez le devis des dépenses, établi « ne varietur ». Croyez que ce ne sera pas sans émotion que je me retrouverai dans cette hospitalière maison où se rassemblaient avec tant de joie tant de camarades, dont la plupart sont disparus... Chatrier, Fauré, Messager, illisible.

Et recevez, chère Madame et amie, tous mes plus amicaux souvenirs.

Vincent d’Indy

7, avenue de Villiers

mercredi (1897 ou 98 ? non daté)

Dear Winn

Merci des détails écrits en du gaulois (?) qui m’a donné un aperçu très complet de la Fête. Un des plus jolis numéros pour moi eût été de voir votre tête entre celles de vos deux dîneurs.

J’ai trouvé ici Le Figaro, merci d’avoir pensé à me l’envoyer. Je suis heureux que le dîner à Puteaux fut réussi. J’ai envoyé le prix de ma cotisation que ce carotteur de secrétaire ne manque jamais de m’adresser, moi qui n’y mets jamais les pieds, mais je tiens à en être puisque cela facilite à Madame Bibi quantité de faux en mon nom.

Vous devez être dans le coup de feu du départ. Je crains bien en effet que les détails du confort de la vie ne soient très sommaires à Bayreuth. Ce qui doit être à redouter surtout, cela doit être la mauvaise qualité des lits.

Je ne suis pas bien content de ma cure quant à l’eczéma ; je n’ai pas retrouvé la vertu sédative de l’année dernière, il faut dire que ma maladie à Paris avait totalement supprimé l’eczéma qui naturellement a reparu avec violence dès mon retour à la santé, je suis donc venu ici en moins bon état que l’année dernière, mais je vais très bien quant au reste. L’état général est meilleur, j’ai un très solide appétit.

En réponse à votre question, je ne pourrai pas être à Bayreuth avant le 26, c’est-à-dire pour la deuxième série, vous pourrez donc rendre à M. ? mes quatre premières places, à moins que vousn’en disposiez pour un amateur, ce qui me fera rentrer dans les premiers frais, de quatre vingt francs.

Je suis retardé par une suspension de cure forcée de deux jours. Je prendrai vingt-deux bains. Je resterai un jour à Genève et peut-être, si la Princesse est à Amphion irai-je lui faire une visite de deux jours ; de là je m’élancerai  par Bâle, Wurzbourg,Nuremberg,  vers le Palais de Fantaisie.

Merci bien-aimée chérie Winn, de tes tendresses, vous êtes tout pour moi et je suis bien fier d’être pour un peu dans votre vie. Je t’aime bien tendrement et t’embrasse comme je t’aime. ton Edmond.