Madrid, le 9 Debré 1918

Madame,

Je ne réponds qu'aujourd'hui à votre lettre du 16 novembre parce que je voulais pouvoir vous donner le projet de sujet pour la pièce. Je l'ai, enfin, trouvé réunissant à toute ma satisfaction les conditions que je crois nécesaires pour votre théâtre et pour mon travail.

Ce sujet, vous le trouverez en lisant le chapitre XXVI de la 2ème partie de Don Quijote : El Retablo de Maese Pedro (Le Tréteau de maître Pierre). Je suivrai le texte de Cervantès du commencement de la représentation - faite par des marionnettes sur un petit théâtre placé sur la scène. On supposera que les spectateurs cités dans le texte se trouvent devant le tréteau. On les entendra mais on ne les verra pas. C'est seulement à la fin que Don Quijote monte violemment sur la scène pour punir ceux qui vont à la poursuite de Melisendra et Don Gayferos, et la représentation finirait sur les paroles qu'il prononce (Don Quijote) à la gloire de la chevalerie. Je serai content de savoir que ce sujet vous plaît, comme je l'espère, et en attendant votre réponse - ainsi que celle que vous avez bien voulu m'annoncer au sujet des représentations en spectacle public - je vous prie, Madame, d'agréer mes hommages et de croire à mes sentiments bien respectueusement dévoués. Manuel de Falla.

Lagasca 119

Dearest old Winnie,

Venez mardi à 6h, comme cela nous serons seules, nous pourrons causer tranquillement. Vous savez quelle profonde amitié j’ai pour vous, vous êtes parmi les souvenirs pieux de mon coeur.

Anna.

Paris, Dimanche (21 juin 1891? non daté)

Chère Princesse

Je suis désolé qu’une dépêche de vous ait été perdue à l’hôtel de France ! Nos amis n’ont pa permis que nous nous y arrêtions, le lieu leur paraissant insuffisant pour votre suite ! C’est donc à l’hôtel Isotta que nous sommes descendus. Du reste, toute cette fin de voyage à eu l’incohérence que je prévoyais. Votre commandement faisant défaut l’anarchie a régné sans frein et notre court séjour à Gênes s’est passé à perdre notre temps. La ville nous a fort déplu : belle de loin, nous l’avons trouvée en réalité, triste, laide, sale, avec une insuportable odeur de poisson malade ! Il est vrai que nous étions si prédisposés à trouver tout odieux depuis la séparation de Florence !

Quelques heures du soir, passées au bord de la mer, avec l’admirable lune, m’ont plus attristé que réjoui : le même spectacle peut paraître joyeux ou profondément mélancolique suivant les circonstances, comme le pourrait dire Mr de La Palisse, mais tout ce que disait Mr de La Palisse n’était pas si bête, étant l’éternelle vérité ! Croyez-vous que dans les inoubliables inpressions qui me tiennent toujours à Venise et à Florence, Venise et Florence soient même pour la moitié ??

La journée d’hier depuis l’arrivée à Paris s’est passée à reprendre contact ! Cependant, dans l’après-midi, la fatigue a été la plus forte, j’ai dormi et je n’ai pas pu vous écrire assez tôt ! Naturellement des ennuis me guettaient ici : cela n’est pas long de passer de la lumière radieuse aux teintes grises ! Et puis le temps nous donne le même spectacle : noir et froid après l’étincelante Italie !

Votre dépêche et votre lettre m’ont délicieusement ému ! alors vous avez pensé que je pensais, sans y manquer une minute, à tant d’heures si délicieuses, si in-retrouvables, c’est à-dire à vous, à vous, à vous ? Et votre amitié si indulgente à voulu m’apporter un lointain secours ! Je vous en suis mille fois reconnaissant et je ne puis vous dire combien j’en suis touché !

J’ai vu Mme Baugnies quelques instants à peine : elle est, notre pauvre amie, plongée dans les soucis d’affaires les plus désagréables, ventes de maisons, de propriétés ! Elle désire bien vivement vous voir. Plus que moi-même ? Vous ne le croiriez pas j’espère ! Comme je voudrais encore revivre les quelques minutes qui ont précédé votre départ ! Si vous vous souvenez de ce que je vous disais à la portière de votre wagon, pensez que c’est l’expression très affaiblie par le langage humain de toutes mes pensées !! Ecrivez-moi ! Revenez ! mais revenez vite ! et dites tous mes souvenirs à tous les coins du Palazzo ! Votre mille fois dévoué Gabriel Fauré.

Tous mes souvenirs les plus amicaux à Mistress Gilbert.

(1895  St Gervais ? non daté)

Silence ! (portée de musique)

La "Qu'Oh!-vain "! (?) est dans nos gorges...gare à la sienne ! Elle est enfin arrivée, enfin pour Elle ... je connais un bois de bouleaux dans un coin de montagne où elle sera terrassée, dévêtue, fustigée ...et puis après on verra la tête...

A propos, comme enseigne étonnante, en traversant la vallée de l'Arve qui précède Saint-Gervais, j'ai lu sur le Pignon d'une auberge, en immenses lettres, A LA TETE DE LOUIS-PHILIPPE Cette gaîté, sous le soleil torride du trajet en landau, m'a rafraîchi.

Elle descend ici à l'hôtel du Mont-Joli, je n'en attendais pas mieux de son gracieux corsage ; elle m'a fait demander de passer chez elle avant 3h, pas plus gênée que çà ! J'en reviens, elle m'a forcé de lui accompagner "au pays où on se fait la guerre". Je me suis résigné, non sans avoir tapé quelques accords incohérents avec une fureur réservée à certain public et que vous connaissez. Les notes basses de la voix ne sont pas trop mauvaises moins le haut de gamme, la diction est absurde ; elle m'a parlé beaucoup de notre concert, elle mélange tout, fait l'entendue, confond tout, mène tout à la hussarde, ne comprend jamais rien, mais và toujours de l'avant. Dans un accès de rage, je lui ai joué plusieurs passages de Marthe et Marie, elle m'a dit: '"Oh oui, c'est cela, le "vallon" c'était ravissant !!" et dire qu'on n'a que ces espèces-là pour recruter un public de concert, c'est vraiment dé-concertant ! Je viens de recevoir une lettre immense avec une minuscule couronne in/8 . Je ne l'ai pas encore ouverte, la letter. Je lui ai attrapé un papillon que je lui enverrrai. Je pars toujours mercredi. Je vais directement à Amphion. Le docteur est très satisfait de l'influence de ma cure quant à l'état local. Il me conseille de couronner l'oeuvre par une station de dix bains en septembre. Je verrai. Mille tendres baisers dearest (?) de votre Edmond.

Bien chère Princesse,

La composition de mon Concerto touche à sa fin et je pense à vous et à la joie de vous le faire entendre bientôt.

Vous avez désiré arranger chez vous une sorte d'avant-première (à 2 pianos) ; que pensez-vous de la date ? Je le joue chez Koussewitsky le 15 mai. Cela vous arrangerait-il quelques jours avant cette date ?

Vous m'obligerez beaucoup en me fixant le jour qui vous conviendrait le mieux.

En attendant de vos bonnes nouvelles, je vous envoie, très chère Princesse, tout mon fidèle dévouement,

Igor Stravinsky

Biarritz, "Les Rochers",  2 /III/24 

Laboratoire de Physique

74, rue de Vaugirard

Madame,

Vous avez dû me trouver bien long dans la construction du petit appareil que je vous avais fait espérer. Une maladie de mon mécanicien a été la cause de ce retard exagéré. Il est enfin terminé. Je me suis proposé de le rendre aussi simple que possible, afin d’en rendre l’emploi aisé. Mais rien ne prouve qu’il n’y aura pas encore lieu de le retoucher.

Mon préparateur ira le faire fonctionner chez vous quand vous aurez fixé le jour et l’heure qui vous conviendront pour le recevoir. Il le placera où vous désirerez qu’il soit disposé. Il est d’ailleurs transportable. Je compte bien que vous ne trouviez aucune difficulté à vous en servir pour la réception de l’heure de la tour Eiffel, en province aussi bien qu’à Paris. Veuillez agréer, Madame, l’expression de mes sentiments respectueux et dévoués.

E. Branly

  1er mai 1913

J'ai attendu quelques jours ; l'appareil ne s'est pas déréglé. Une communication devra être établie chez vous par un fil soit avec une conduite d'eau soit avec une conduite de gaz.

5 mai 1913

 

Madame la Princesse de Polignac

 

 

Madame,

Vous m’aviez fait le grand honneur de m’inviter à une soirée au bois de Boulogne.

J’étais mal à l’aise et j’ai dû me priver d’un si grand plaisir : dans un frais décor, voir les plus jolies femmes, les plus distinguées,

Spectacle digne d’un Léonard.

Mes déférences cordiales

Aug Rodin

17 juillet 1907

Giverny par Vernon Eure

Madame,

Je viens vous remercier de l'envoi des cinq mille francs que Sargent m’a transmis de votre part et vous dire en même temps combien je suis heureux et flatté que mon tableau vous plaise. Sargent m'a fait part de votre désir de participer à la souscription que nous faisons entre amis et admirateurs de Manet pour acheter son Olympia, et l'offrir au Louvre. C'est très aimable à vous, Madame, et je vous en remercie au nom des organisateurs de la souscription et au mien. Vous priant de me faire savoir le plus tôt possible pour quelle somme je dois vous inscrire, agréez, Madame, l'expression de mes sentiments distingués

Claude Monet

22 juillet 89. 

PS. Je vous enverrai la liste des premiers souscripteurs.

 

Madame,

Dans le cas où notre causerie de l’autre jour vous reviendrait en mémoire et vous tiendrait quelque peu à coeur, j’aimerais en effet, ainsi que vous en aviez exprimé le désir, vous en voir entretenir Madame la Ctesse G. dont l’intelligent intérêt vous est connu. A partager moi-même avec ce confident lucide et discret la délicate responsabilité de ces idées émises, je désire, pour mon compte cette fois, vous entretenir de certain précieux projet en d’autres matières, et qui si vous y trouviez de la gloire pourrait bien requérir de vous, pour une fois, une aide brillante et rapide. Je vous salue, Madame, avec l’assurance de toute ma haute sympathie pour les rares et nobles qualités et vélléïtés généreuses simplement révélées au cours de notre entretien. Puisse l’avenir vous donner de les réaliser en des entreprises sérieuses et sereines dont l’accomplissement serait un juste prix de vos hautes aspirations.

Comte Robert de Montesquiou

5 juin 92 

102 bd Haussmann

Madame,

Vous voir, ainsi que Monsieur Dupré, est une des très rares choses qui aurait pu me faire plaisir. Malheureusement j'ai eu votre télégramme quand votre matinée était finie. De ce retard je n'ai pas trop de regrets parce que je viens d'être si malade que je n'aurais sans doute pas pu venir. Il me reste le grand plaisir que vous ayiez bien voulu penser à moi. En effet je n'ai plus le téléphone. Je ne sais même pas si j'ai encore un logis car on me dit que le propriétaire de la maison où j'habite l'a vendue à une banque !

Tout de même, si vous aviez la bonté de songer à moi (pour un soir de préférence) (vers 9 h 1/2 ou 10 1/2) c'est encore 102 bd Haussmann qu'il vaudrait le mieux m'écrire. Mais d'abord vous n'aurez aucune envie de me "faire signe", comme on dit, et c'est mieux ainsi car je suis si mal partout en ce moment que j'aurais de grandes chances (mauvaises) de ne pouvoir aller chez vous.Et ce serait un nouveau regret. Veuillez Madame redire à Monsieur Dupré toute ma vive sympathie pour lui et accepter mes respectueux hommages. Marcel Proust