Vers 1932 (non daté)

 

Claridge, Champs-Elysées

Me voilà, me voilà ! très chère Winnie, que c'est agréable d'être eng... par vous ! C'est le seul masochisme que je me connaisse. Attrapez-moi encore ! Il faisait un froid indicible à Valence, ciel vert et glacé, mistral qui balayait tout à 75 à l'heure.

Voulez-vous venir me blâmer au Claridge ? Venez ! Choisissez entre:  jeudi 2, vendredi 3. Et laissez-moi seulement le temps, en me le disant, de faire faire la galette salée et le vin à la cannelle ! Je vous raconterai en peu de mots mes campagnes. Venez avec tous mes produits : je bifferai sur vous ce qui sera inutile. J'espère que le charmant couple Patacharles (sic) sera libre,- je leur écris. Amenez qui vous plaira, on s'asseoira dans la baignoire, comme on fait dans toute orgie digne de ce nom. Croyez, très chère Winnie, que je vous aime de tout mon coeur,

Votre Colette

Bien chère Princesse,

e vous remercie bien sincèrement de vos si bonnes lignes. En même temps que votre lettre, je reçois un mot de Jean Cocteau, me disant que Melle Chanel, absente depuis quelque temps, rentre à Paris dans une semaine. Comme il préfère lui exposer la besogne verbalement, cela a dû traîner un peu. Il ajoute qu’il a bon espoir et que les choses s’arrangeront selon ses désirs.

Ce qui presse surtout en ce moment, c’est de retenir les solistes et le choeur, chose qui peut être faite heureusement dès maintenant, grâce à votre garantie généreuse. L’avocat André Aron dont je vous avais parlé dernièrement nous donnera un coup de main pour toutes les questions d’organisation. Je vous serai donc très reconnaissant, chère Princesse, de mettre entre ses mains la somme de 20 mille francs que vous avez eu la grande bonté de nous offrir. Son adresse est : 68 quai des Orfèvres.

C’est avec la plus grande joie que me mettrai au piano pour exécuter Oedipe, avec les solistes et le choeur, en avant-première chez vous. Je compte être à Paris les premiers jours de mai, et nous allons fêter avec vous le jour qui vous conviendra le mieux.

Encore et encore mille mercis chère grande Amie, croyez-moi votre très fidèle

Igor Stravinsky

Nice, le 23 mars/27 

 Monsieur,

J'apprends avec grand plaisir que vous viendrez à Paris vers le 15 juin, et je viens vous dire que je serai charmée si vous vouliez habiter chez moi pendant quelques jours.

Je n'ai pas besoin d'ajouter que vous seriez tout à fait libre de vous occuper des affaires qui vous appellent à Paris - Je sais que votre temps sera très pris - mais je mets une chambre à votre disposition au cas où vous trouveriez quelques difficultés à vous loger - car Paris est très plein en ce moment.

Croyez, je vous prie, Monsieur, à tous mes meilleurs sentiments.

Pcesse Ed de Polignac.

3 juin 19

8-10 avril 1889

Princesse,

Mes camarades du Comité et moi-même désirons bien vivement aller vous remercier dès que vous serez de retour de Bruxelles. Voudriez-vous bien nous accorder un instant vendredi, vers 1h1/2 ? Nous avons à coeur de vous offrir l’expression de notre reconnaissance afin de vous dire que, de l’avis général, le Concert de samedi a été le plus intéressant et le plus réussi que nous ayons eu depuis bien longtemps. Parmi nos auditeurs nous avions Mr Garcin, chef d’orchestre du Conservatoire qui m’a paru prendre bonne note de quelques noms de nos morceaux, et Tchaïkovsky également très satisfait.

Nous avons été stupéfiés par la nouvelle que Chabrier était à la soirée de la Présidence vendredi. Pourquoi pas à notre concert samedi, et pourquoi, surtout n’y avoir pas voulu figurer ? C’est là un mystère qu’il m’est impossible d’éclaircir !

Permettez-moi de vous remercier encore tout particulièrement et soyez bien assurée que j’apprécie très vivement vos bontés pour moi,

Votre très reconnaissant et très respectueusement dévoué.

Gabriel Fauré

Voudriez-vous me dire si vous pouvez nous recevoir vendredi à 1h1/2 ? J’espère que vous aurez eu une belle représentation à Bruxelles.

 

Vendredi . (sans date)

Mes excuses au Royaume-Uni pour ce papier beurre-frais, nous ne sommes pas encore en deuil de Loubet de ce côté-ci de l’eau.

Dearest Winn,

j’espère que votre traversée aura été bonne en dépit des pronostics du New-York Herald.

Je ne vous ai pas écrit, étant encore ravagé par mon fléau dentaire ; aujourd’hui, ma vieille mâchoire s’est un peu améliorée. Je n’ai guère d’aliment à donner à ma correspondance en fait de nouvelles. Je ne vois personne et poursuis patiemment mon petit labeur quotidien par habitude et par conscience. J’espère que vous aurez l’occasion de voir le Défilé Funèbre de samedi. Avez-vous eu, en fin de compte, votre flirt épileptiforme pour vous aider à l’installation du bord ; la désarticulation doit être incessante et inquiétante dans les cahots de la traversée.

Bien chère Winn, ma tendresse et mon vieux souvenir vous suivront à Paignton, pensez-y un peu à moi qui vous aime si profondément et chaque jour davantage. Tendresses à Paris, à tous les siens et les vôtres.

Je t’embrasse de tout mon coeur. Edmond.

Ma très chère, très chère Winnie, j'arrive il y a une heure de la campagne et le directeur d'un journal me téléphone dans ces termes : "Voulez-vous me faire cinquante lignes sur la mort de Madame de Noailles ? " Voilà, ma chère Winnie, comment j'ai appris la nouvelle, qu'un grand esprit, un courage indompté, une femme exquise, les plus beaux yeux du monde, tout cela s'était éteint. Je pense que vous avez beaucoup de chagrin, que vous serez longtemps atteinte, que vous n'aimerez pas le dire à tout venant. Je sais aussi que vous ne m'en voudrez pas de vous avoir écrit comme si vous étiez sa plus chère parente. Je vous embrasse de tout mon coeur, votre Colette

Chambre des députés                                        Paris, le Dimanche (sans date)

Madame,

Un peu de grippe m'a empêché de sortir aujourd'hui. J'aurais voulu aller vous dire que j'ai été mercredi à la salle Humbert de Romans et en ai rapporté un grand souvenir. Les derniers choeurs surtout, avec ces étonnants cris de la foule, et les sonneries de trompette m'ont fait grande impression. Je ne crois pas à la critique d'art, et suis, plus que tout autre, incapable de traduire en paroles ce que je sens.

Les paroles donnent un corps aux raisonnements, mais ôtent la vie aux sentiments. Néanmoins, on aime à louer d'un mot et à séparer des nombreuses compositions vides et inutiles, l'oeuvre qui est comme celle de M. de Polignac, le fruit d'une puissante imagination, ou comme celle de Fauré, le travail d'un esprit chercheur et charmant.

J'irai, si vous me le permettez, vous remercier dimanche prochain, Madame, et je vous prie de vouloir bien agréer mes respectueux hommages

Denys Cochin.

Affaires Etrangères  16 janvier 1931

Madame et respectée Amie,

Stanislas m'avait dit que ne souhaitiez qu'une recommandation de moi, et j'en suis fier. Permettez-moi de vous dire combien j'ai été heureux que mon ami Grinda se soit honoré en signant votre décoration.

La France vous doit beaucoup et la gratitude est un devoir très doux

Votre respectueux ami et admirateur

Philippe Berthelot

St Gervais, 17 juillet (1896 ? non daté)

Bien chérie Winn-Winn,

merci de ta bonne lettre affectueuse. Je vous adresse cette lettre à Fantaisie, vous y serez déjà installée (?!!) depuis deux jours ; c’est triste de manquer d’eau, j’espère que nous en aurons tout de même un peu pour boire avec Paris. Je n’ai pas pensé à apporter des serviettes de toilette, peut-être en avez-vous apporté suffisamment, ou pourrai-je en trouver là-bas. Merci pour le petit coin que vous me promettez de me préparer. Je suis sûr que, par vos soins, il sera très campagnard.

Je serai bien heureux de retrouver ma chère Winn, avec la grosse natte par-derrière en catogan.

Et je pense aussi souvent à nos promenades matinales sur la terrasse des orangers à Tencin quand vous avez sur le dos le paletot de prédilection. Nous reverrons aussi ce bon temps-là, n’est-ce-pas ? Quand Mme BIBI voudra bien reprendre ses pinceaux trop longtemps abandonnés pour les pédaleries et retours nocturnes des cabarets avec les jeunes amoureux et les Dames Foulque !

Merci de penser d’avance à me chercher à la gare. Nous sommes à citer comme ménage modèle, d’être, après trois années bientôt de chaîne commune, aussi peu usés et toujours neufs l’un pour l’autre ; tandis que tant d’autres, après même une année seulement, déjà repus l’un de l’autre, quand ils se dérangent pour venir aux stations, ne se retrouvent en voiture qu’avec tristesse, écoeurement, et de longs silences en voiture, dégoûtés souvent de trop se connaître, se sentant amoindris et honteux comme des gens qui ont fait ensemble quelque chose de sale.

Je sais bien que la thèse oposée peut se soutenir, après boire !! mais ce que l’on pourra toujours affirmer, c’est que la réalité ne vaut jamais l’illusion...

Je vous envoie mon sale griffonnage qui doit représenter ce que l’on voit de ma fenêtre. Adieu dearest Winn,

Plus je vais, plus je sais que des liens indissolubles m’attachent à vous, et c’est ma fin de vie.

Je t’embrasse tendrement

Edmond.