Giverny, par Vernon Eure

Madame,

Je vous remercie infiniment de votre si généreuse participation à la souscription Manet. J'espère que nous arriverons à notre but et qu'enfin Manet sera placé comme il le mérite. Je suis très touché des éloges que vous voulez bien m'adresser pour mon exposition, et suis heureux de vous savoir en possession d'un nouveau tableau de moi. Recevez, Madame, avec mes respectueux hommages, l'assurance de mes sentiments distingués,

Claude Monet

  31 juillet 89 

Nice, 167 Bd Carnot

 

le 26 -12-25

Ma chère grande amie,

J’ai hâte d’avoir de vos nouvelles. Comment était la traversée ? Comment allez-vous ?

Je vous envoie, avec ces lignes, mes voeux les plus sincères pour la nouvelle année. Croyez-moi, chère Princesse, votre profondément dévoué

Igor Stravinsky

29 décembre 1920 (photocopie confiée par la Fondation Manuel de Falla)

Cher Monsieur,

Je suis tout à fait attristée de savoir que vous avez été si souffrant. J'ai été malade moi-même tout l'été. Je ne puis malheureusement vous fixer aucune date pour la représentation. Prenez tout le temps que vous voudrez pour finir l'oeuvre.

Je suis trop souffrante encore pour faire un projet d'ici longtemps. Tous mes meilleurs souvenirs.

Pcesse Ed de Polignac.

(Début avril 1891? non daté)

Chère Princesse

Verlaine me met au désespoir : il ne fait rien, il promet toujours pour le lendemain et le lendemain pour le jour suivant ! Et le temps passe et je n’entrevois pas le moindre indice qui puisse me faire espérer que cela aura une fin. J’ai usé, je vous assure, de tous les moyens : il n’en est aucun qui ait de l’action sur sa suprême indifférence. Il a pleuré misère m’assurant qu’un peu d’argent lui mettrait du calme dans le cerveau, je lui en ai donné lui disant que c’était de votre part, espérant que cela l’engageait vis-à-vis de vous ! Et rien, rien, rien ne vient. Un jour il m’a dit qu’il avait décidé quel sujet il traiterait. Vous pensez si j’étais alléché !

Et voilà qu’il s’agissait seulement de reprendre en sous-oeuvre la petite pièce “Les uns et les autres” que vous connaissez, et de lui donner un autre dénouement ! J’avoue que le régal m’a paru bien mince ! Ce n’est pas là la Fantaisie que vous souhaitez, n’est ce pas ?

Dans « Les uns et les autres”, les quatre personnages se brouillent, s’échangent et puis se raccommodent ! Dans la nouvelle version qu’il s’offrait à traiter ils devaient aussi se brouiller, s’échanger et ne point se raccommoder !

Et il trouvait cela fort plaisant. Voulez-vous dire ce que vous en pensez ? Faut-il tenter l’aventure et ne trouvez-vous pas que voilà déjà trop de temps perdu ?

Je ne vous cache pas, si pénible que cela soit à dire, que cet homme si extraordinairement doué me parait incapable désormais d’un effort, d’un travail suivi comme le nécessiterait une oeuvre un peu considérable. Peut-être fera t-il encore quelques courtes petites pièces, par-ci, par-là, des petits riens où il excelle, il est vrai, mais qui ne saurait tenir lieu de ce qui m’est nécessaire comme esprit et comme proportions ! La conclusion d’un récent article d’Anatole France sur la dernière publication de Verlaine “Bonheur”, un petit volume où l’éditeur à réuni une foule de courtes pièces éparses, semble indiquer que le Verlaine de ces derniers temps n’est que l’écho affaibli du Verlaine de jadis.

Encore une fois, Chère Princesse, j’ai bien hésité avant de vous dire ce que je crois irrémédiablement vrai. Je n’entrevois pas, ayant essayé de tous les arguments, quel inconnu déterminant pourrait avoir raison de ce désordre et de cette paresse si tranquillement portés. Rien ne lui est rien, rien ne lui fait rien pourvu qu’il ait de quoi boire ! Lui donner encore de l’argent ne servirait qu’à le désaltérer pour quelques jours ! Cependant, si vous le désiriez, je continuerais mon siège. Dites-moi ce que vous voulez que je fasse.

Vous ne sauriez croire combien il me tarde de pouvoir travailler avec le sentiment que c’est pour vous, bien pour vous enfin, que je travaille. Combien j’aurais voulu pouvoir vous porter à Venise un commencement !!

Les journaux sont remplis de projets de la Société des Grandes Auditions. Je n’ai pas vu Mme Greffulhe depuis votre départ ; Mais je sais qu’elle s’agite et qu’elle agite ! Mais moi je ne m’agite plus ! Je n’ai pas assisté à la mémorable séance où, devant le Comité présidé par Ambroise Thomas lui-même, on a exécuté avec quelques voix l’Israël de Haendel et le Noël de Bach ! Et je n’ai pas entendu, ô douleur ! cette perle tomber des lèvres du Maître et que d’Indy et Bréville... ont recueillie. Comme on lui demandait avec déférence d’exprimer quelle était celle de ces deux oeuvres qu’il préférait, il a répondu qu’il les trouvait, l’une et l’autre, bien de leur époque !!!

Salomon qui personnifie l’impartialité et la sagesse, et le serpent qui figure la prudence n’eussent pas répondu autrement !!!

Quant aux grands potins, aux grandes combinazione, voici les plus frais.

Vous savez que la direction Britt et Gaillard disparaît ou, plus tôt, disparaîtra au 1er janvier pour laisser la place à Bertrand et Colonne !

D’où grande fureur des premiers et fureur plus grande encore de Lamoureux qui voit grandir démesurément la situation de son rival.

On dit que Mme Greffulhe a eu l’idée shakespearienne de souffler l’esprit de vengeance sur les trois colères et de les associer dans le but de tuer dans l’oeuf la direction nouvelle.

Pour cela que faut-il faire ? Prendre leur projet de monter Lohengrin et les Troyens et profiter des derniers jours d’existence pour monter ces ouvrages avant eux !

Ainsi s’explique la nomination pour dix mois comme chef d’orchestre de l’Opéra qu’a sollicitée et obtenue Lamoureux.

Si cela est vrai, la colère aura été pour une fois bonne conseillère et Mme Greffulhe méritera d’aller remplacer à Berlin Mr Hartette notre ambassadeur !

Je vous demande pardon, de vous en écrire si long et d’écrire si mal !! Vous savez que nous comptons les jours jusqu’au 18 mai ! je n’ai pas encore osé demander la permission à mon Curé ! J’ai tourné autour, mais l’aplomb ne venait pas ! Il viendra tout de même !

Je vous prie, Chère Princesse, de me croire toujours votre bien respectueusement dévoué et profondément reconnaissant

Gabriel Fauré

(juin 1894 ? non daté)

Chère Princesse

Je ne suis malheureusement pas libre vendredi soir pour dîner, mais j'irai vers 10h1/2 chez Mme de Saint-Marceaux et je serai très heureux de vous y rencontrer.

Je viens de reprendre le quintette depuis A avec le ferme désir de ne plus le quitter qu'il ne soit terminé. J'ai composé aussi quatre petits morceaux de musique religieuse, mais, (j'en suis désolé) pas dans l'esprit de la nouvelle Société de Musique Sacrée ! J'y ai mis, si peu importants qu'ils soient, l'expression humaine qu'il m'a plu d'y mettre ! Mais je vous parle de cela comme d'un évènement et ce n'en est, certes, pas un ! J'espère, à bientôt.

Votre bien reconnaissant et bien affectueusement dévoué Gabriel Fauré

Mille souvenirs à mon confrère, le Prince de Polignac

Samedi.

Petite Wynn, merci de votre cher mot. Nous disons avec Hélène combien nous vous aimons, et plus la vie est profonde, plus on se sent proche de vous. Nous vous aimons avec une grave et tendre affection. Nous vous attendons à déjeuner demain.

Je vous embrasse

votre Anna.

Granada, le 20 février 1923

Princesse Ed. de Polignac

Chère Madame,

Je vous remercie de votre aimable réponse à ma lettre dernière et serais heureux de savoir que vous vous trouvez tout à fait rétablie.

Les auditions du Retablo à la Sté Philarmonique de Séville auront lieu le 23 et le 24 mars, et nous faisons des voeux pour qu'elles soient honorées de votre présence.

J'ai dû envoyer à Séville la première copie de mon manuscrit pour l'étude de la partie chantée. Maintenant je m'occupe de faire la copie de la partition d'orchestre, dont j'ai également déjà envoyé une bonne partie. N'ayant personne à m'y aider, et malgré que j'occupe tout mon temps dans ces travaux, il ne me sera pas possible - bien à mon regret - de faire la nouvelle copie avant le mois prochain. Mais, si comme je le souhaite si sincèrement, vous venez à Séville, je ferai tout mon possible pour la terminer à la date de la première audition. De toute façon, j'aurai le plaisir de vous envoyer dans quelques jours une copie du livret qui vous permettra de voir tout ce qu'il faut pour la représentation au point de vue scénique.

La date de votre projet de représentation chez vous me semble excellente, car j'espère me trouver au mois de mai à Paris, et, peut-être, il ne me sera pas possible d'y retourner qu'un an après. En ce qui concerne le long retard souffert par la composition de cet ouvrage (indépendamment des soins exigés par ma santé et de toutes les raisons que vous connaissez) la cause a été le développement inattendu pour moi-même - je parle au point de vue travail - d'un ouvrage commencé avec l'intention de faire un simple divertissement. Tel qu'il est maintenant, il représente, peut-être, parmi mes ouvrages, celui où j'ai mis plus d'illusion.

Je vous prie, Princesse, d'agréer tous mes hommages très respectueusement dévoués,

Manuel de Falla.

Chambre des députés                                        Paris, le Dimanche (sans date)

Madame,

Un peu de grippe m'a empêché de sortir aujourd'hui. J'aurais voulu aller vous dire que j'ai été mercredi à la salle Humbert de Romans et en ai rapporté un grand souvenir. Les derniers choeurs surtout, avec ces étonnants cris de la foule, et les sonneries de trompette m'ont fait grande impression. Je ne crois pas à la critique d'art, et suis, plus que tout autre, incapable de traduire en paroles ce que je sens.

Les paroles donnent un corps aux raisonnements, mais ôtent la vie aux sentiments. Néanmoins, on aime à louer d'un mot et à séparer des nombreuses compositions vides et inutiles, l'oeuvre qui est comme celle de M. de Polignac, le fruit d'une puissante imagination, ou comme celle de Fauré, le travail d'un esprit chercheur et charmant.

J'irai, si vous me le permettez, vous remercier dimanche prochain, Madame, et je vous prie de vouloir bien agréer mes respectueux hommages

Denys Cochin.