24 Jan (1923 ? non daté) photocopieconfiée par la fondation Manuel de Falla

43, Avenue Henri-Martin, XVIe

Cher Monsieur-

Je m'excuse d'avoir tant tardé à répondre à votre lettre du 10 Jan. mais j'ai été assez souffrante de la grippe.

Je suis enchantée que la Sté Philarmonique de Séville ait l'intention de faire entendre le "Retablo" au mois de mars, et je vous prie de m'indiquer la date de l'audition quand elle sera fixée. J'accepte bien volontiers votre aimable proposition de me dédier le "Retablo". Je trouve l'idée d'une représentation par des marionnettes excellente. Peut-être pourrait-elle avoir lieu chez moi au mois de mai (fin) ou de juin.

J'étais, je l'avoue, surprise du long retard, (bien involontaire, j'en suis sûre,) que vous aviez apporté à l'exécution de nos petites conventions. Vous me remettrez sans doute plus tard la partition autographe ainsi qu'il était convenu, et j'espère que j'aurai la joie d'entendre votre délicieux ouvrage chez moi vers la fin du printemps. Avec tous mes voeux de nouvel an croyez je vous prie cher Monsieur à mes sentiments d'admiration et de sympathie

La Pcesse Ed de Polignac.

Académie nationale de musique et de danse

1915-

1 rue d'Offémont.

 

 Madame,

Bien que notre pensée soit occupée par des événements cruels, il me faut songer à l’Opéra, il me faut songer au personnel si nombreux et si intéressant de ce théâtre. Au désir de réaliser de belles choses, s’ajoute maintenant un devoir : celui d’assurer une brillante existence à l’Académie Nationale de Musique ; de faire appel à tous les amis de la maison, à tous les amateurs d’art. Je suis obligé de songer à constituer dès maintenant mon comité, car je peux avoir à le consulter sur des déterminations importantes à prendre avant le 31 décembre.

L’amabilité avec laquelle vous avez bien voulu m’honorer de votre haute influence m’amène à vous demander quels sont les amis que vous avez réussi à rallier et le nombre de parts que je dois leur réserver ainsi qu’à vous-même.

Chaque part, vous le savez, est en principe, de 25 000 francs, la moitié appelée tout de suite, donnant droit aux faveurs d’usage : entrée permanente pour le titulaire, places numérotées pour les générales, et sa part dans les bénéfices.

J’ignore où cette lettre vous parviendra : je souhaite qu’elle vous trouve en bonne santé et vous apporte avec les souvenirs respectueux de madame Rouché et de mes filles, l’expression de ma gratitude et de mon dévouement.

Jacques Rouché

1 nov. 1914.

 

Laboratoire de Physique

74, rue de Vaugirard

Madame,

Je n’ai pas eu l’occasion, depuis longtemps, de vous mettre au courant de mes travaux. Mes investigations sont théoriques, c’est d’ailleurs ainsi que se préparent habituellement les applications. Depuis que j’ai été en mesure d’attacher à mon laboratoire un mécanicien exercé, mes appareils se sont perfectionnés comme il était désirable, et je suis heureux, grâce à votre intervention, de poursuivre, sans aucune difficulté, mes recherches.

Je me permets de vous adresser mes souhaits pour l’année qui va commencer, et je vous prie, Madame, d’agréer l’expression de mes sentiments respectueusement dévoués.

Edouard Branly

31 décembre 1913 

7 janvier 1891

Télégramme

Figurez-vous, Chère Princesse, que le plaisir de déjeuner avec vous demain va dépendre de ce que Mr Mackenzie-Grieves aura été pendant sa vie, économe ou pratique !! Je m’explique, car cela doit vous paraître nécessaire !! Ce brave sportman qui est définitivement descendu de son cheval sera enterré à la Madeleine demain, à midi, et suivant ce que contient son coffre-fort que l’on visite en ce moment j’aurai ou je n’aurai pas à lui faire de musique ! Je vous raconte là textuellement ce qu’on vient de me dire à l’Eglise !! En un mot, je ne saurai que demain matin si je serai libre à midi : dans tous les cas je le serai à 1h1/2 et j’aurai un bien grand plaisir à aller faire un peu de musique avec vous puisque ce sera la meilleure preuve que vous allez beaucoup mieux. Je n’ai pas besoin de vous dire combien je vous ai plaint de passer ainsi les premiers jours de l’année. Soyez cependant prudente car le froid est intense.

Votre tout dévoué et bien reconnaissant

Gabriel Fauré

2 août ou avril ? années de guerre ?

Ma bien chère,

Je vous écris tout en causant avec Monsieur Froteau. Il va répondre à toutes vos questions, je me borne à vous dire que je vous crois plus en sécurité à Londres, nos approvisionnements ici n'étant pas faits à l'heure actuelle, et les victuailles devenant difficiles à se procurer. Bien entendu, si vous veniez, je partage tout avec vous. J'avais envoyé hier Gélin au Ministère de la Guerre pour qu'il demeurât chauffeur attaché à votre automobile au cas où elle serait réquisitionnée ; mais on lui a répondu qu'il lui fallait une autorisation signée de vous. Il est trop tard, il a dû rejoindre son corps ce matin. Vos voitures jusqu'à présent sont chez vous, libres, mais seront probablement réquisitionnées au plus tôt. Voyant aujourd'hui une situation inextricable quant aux voitures, j'ai prié Monsieur Froteau de bien vouloir me laisser pendant quelques heures votre voiture aujourd'hui avec le chauffeur le meilleur de la Comtesse de Béarn qui a la bonté de le mettre à ma disposition pour la journée d'aujourd'hui. Mon amie bien-aimée, réfléchissez avant de revenir, vous pouvez être utile aussi là-bas, mais si vous êtes ici vous savez que je suis pour toujours votre soeur, Anna.

Dear Winnie,

Il y a bien longtemps que je ne vous ai vue, et je ne cesse de penser à vous. J’ai la certitude que vous allez aller mieux, vous avez touché le fond de votre abîme, insensiblement le progrès va avoir lieu, l’avenir qui réserve quelque chose à tous les humains ne peut être vide pour vous pleine de vie, d’espoirs, d’imagination, de tendresse. Faites dire quand vous viendrez, votre vieille Anna.

Lettre à en-tête Frankfurt 

23 août. Non daté.

Chère Madame,

Je me permets cette lettre sur la foi de votre aimable invitation, pour vous tenir au courant de mes mouvements.

J’accompagne Paul Helleu jusqu’à Cologne, d’où je rentrerai directement à Compiègne après-demain. Le lendemain 26, je viendrai déjeuner comme vous me l’avez demandé.

Il me semble vous avoir quittée il y a cent ans. Mes souvenirs de Bayreuth se pressent en foule - surtout ceux de ce dernier jour. Que je voudrais vous dire tout ce que j’ai au coeur en dépit des conventions - Je suis maladroit aux sourdines discrètes et aux vibrations contenues. J’en suis tout secoué, de ces souvenirs, - ils ne me quittent pas -, pourront-ils me quitter jamais ! Ils sont les plus chers de ma vie - nés au milieu de telles extases qu’ils en sont pour toujours divinisés. Ne riez pas de mon lyrisme - il est la sincérité même. Ce sont des éternités qui me séparent du moment où je vous reverrai. Si vous avez quelque chose à me mander, mon adresse est Compiègne, Oise, tout simplement. Francfort est une ville cossue et juive - on sent que l’usure y a fleuri et que ces gens y jouissent dans l’aisance et la considération du fruit de leurs forfaits. Paul Helleu dîne dehors. J’ai passé moi-même ma soirée au Palmengarten0, avec mes souvenirs, parmi les bourgeois, les jets d’eau et les valses de Strauss. En être réduit à vous dire ces choses... Je vous baise les mains, Chère Madame, du plus respectueux de mon coeur. Pardonnez-moi cette lettre : si elle est bête, vous savez pourquoi, et croyez-moi

Your ever devoted

Robert d’Humières1 .

102 bd Haussmann

Princesse

Il y a un temps infini que je veux vous voir. Mais vous n’êtes plus jamais à Paris. Les derniers temps, ne voyant plus d’amis communs qui pussent me renseigner, je croyais que le silence de votre téléphone tenait peut-être aux heures où je vous demandais et où vous étiez peut-être sortie pour dîner en ville. Mais voici que Reynaldo me dit que vous êtes dans les Pyrénées. Je vous écris à tout hasard, car il est déjà probablement trop tard pour ce que je veux vous demander, l’éditeur ayant donné le bon à tirer de mon volume, avant de partir pour l’Amérique, et l’imprimeur m’ayant refusé des corrections que je jugeais nécessaires. Malgré cela, il est possible qu’une dédicace, prenant une page à part, puisse être ajoutée, même le volume fait. Je me permets donc de vous demander votre avis, sans être certain de pouvoir en profiter : je comptais faire paraître tous les volumes de mon Swann ensemble, et pour des raisons que je comptais vous expliquer, je voyais des inconvénients à les dédier à la mémoire du Prince.

En réalité, en restant dans la vérité du livre et des faits, c’eût été fort bien. Mais vous avez un ami qui est mon ennemi, et j’ai un ami (qui ne sera plus longtemps un ami, pour des raisons où vous n’êtes pour rien) avec lequel vous êtes brouillée. Or je craignais qu’ils ne tâchassent à l’occasion de cette dédicace de renouveler les mauvais sentiments injustifiés que vous avez eus autrefois à mon égard. L’un d’eux eût été d’autre part heureux, s’il avait pu feindre de trouver quelque ressemblance entre un personnage de mon livre (ressemblance qui n’existe à aucun degré) et le Prince. Car cette fois, on n’eût pas pu, comme pour un ancien article, dire que c’était pour vous que je n’étais pas aimable. Il n’y a pas dans les cinq volumes de Swann une seule femme qui, de si loin que ce soit, ait un rapport quelconque avec vous. Aucun personnage ne rappelle non plus, même dans la plus faible mesure, le Prince. Mais comme l’un - entièrement différent du Prince, tout l’opposé de lui - est un grand seigneur qui a le goût des choses d’art, la dédicace eût pu, non pas induire en erreur, mais servir de prétexte et donner à deux personnes l’occasion de mentir sciemment. Or, quelqu’admiration que j’aie pour votre caractère, (je l’égale à votre esprit, ce qui n’est pas peu dire) j’ai gardé d’autrefois l’impression peut-être inexacte et que vous m’excuserez en tout cas de dire franchement, que vous vous laissez quelquefois tromper par les méchants.

Bref pour toutes ces raisons, et peut-être moins pour la peine que j’aurais à être de nouveau brouillé avec vous, que pour celle, plus grande encore, que le nom du Prince fût prononcé autrement qu’avec la piété qui sied, je trouvais plus sage de m’abstenir. D’ailleurs le temps ne pressait pas ; cinq volumes à corriger, alors que les imprimeurs font défaut et que les éditeurs ne viennent pas, cela me laissait tout le temps de causer avec vous. Mais voici qu’à la demande de mon éditeur, et en même temps qu’un recueil d’articles, le 2e volume de Swann paraîtra séparément, et les trois derniers plus tard, ensemble. Or, ce second volume : « A l’ombre des jeunes filles en fleurs » ne me semble pas, même en essayant pour un instant de me faire l’âme du plus impudent médiseur, pouvoir fournir un prétexte quelconque. Il commence par la description d’un diplomate genre Cambon (M.de Norpois). Puis le petit garçon du 1er volume, devenu adolescent, va chez M. Swann, aime Gilberte, est malheureux par elle ; longues pages sur le salon Swann, M. Cottard, etc.. Puis Balbec où on entrevoit M. de Charlus (c’est-à-dire ce qui a paru dans la Nouvelle Revue Française) et n’est pas un sixième du volume. Enfin les jeunes filles en fleurs, des jeunes filles sportives que le petit garçon rencontre à Balbec (ceci n’était pas dans la N.R.F.) et de chacune desquelles il s’éprend successivement. Vraiment je crois que les objections que je vous disais tout à l’heure, ne peuvent pas se poser pour ce volume-là. D’autre part il ne me semble pas tout à fait indigne d’être dédié à la mémoire du Prince. Naturellement j’aimerais mieux pouvoir lui dédier, et avoir écrit, La Chartreuse de Parme ou les Frères Karamasov. Mais on ne peut donner que ce qu’on a. Or c’est ce que j’ai de moins mal. Je crois que quand les cinq volumes auront paru, ce second-là qui au premier abord fait l’effet de ce qu’on appelle en art militaire une opération excentrique, prendra une certaine signification. S’il est alors lu et aimé par des êtres qui n’ont pas connu le Prince et par lesquels il eût mérité d’être admiré, il me serait précieux que son nom fût là. (« Je lui donne ces vers afin que mon nom Aborde heureusement aux époques lointaines »).

Je vous saurais beaucoup de gré, Princesse de me répondre immédiatement (un immédiatement qui sera peut-être déjà un trop tard). Ne prenez pas la peine de me donner vos raisons, dites-moi oui ou non. Surtout ne me dites pas « oui » pour me faire plaisir. Je ne veux pas dire par là que je n’aurais pas un grand plaisir à dédier ce livre au Prince, et vous pensez bien que n’y voyant plus clair, n’écrivant aucune lettre, je ne vous en adresserais pas une de dix-huit pages si je n’attachais pas de l’importance à cela. Mais enfin il est préférable que vous fassiez abstraction de mon plaisir et que vous jugiez d’une manière objective. Je n’ai encore jamais eu et n’aurai probablement jamais l’occasion de dédier un livre à Monsieur France qui a écrit une préface pour mon premier ouvrage, ni à tant d’autres qui ont eu mille bontés pour moi. C’est vous dire que je ne serai pas « à court » de dédicaces, si je décide d’en inscrire en tête de certains volumes, et même en m’en tenant aux dédicaces qui s’imposent à moi par la reconnaissance que je dois à des maîtres et à des amis. N’hésitez donc pas, si vous voyez l’ombre d’un inconvénient à ce que je dédie ce livre au Prince, écrivez-moi : non ; si c’est oui, le télégraphier serait peut-être plus sûr. Il y aurait une autre solution qui serait peut-être la meilleure et à laquelle je pense seulement au moment de finir. Ce serait de laisser paraître « A l’ombre des jeunes filles en fleurs « sans dédicace. Vous liriez le livre, et ainsi, en connaissance de cause, quand il y aurait lieu d’effectuer un 2e tirage du livre (c’est-à-dire vers la 3e édition) on ajouterait la dédicace si vous l’aviez jugée opportune. J’ai bien en ce moment des épreuves à peu près exactes de ce livre et vous auriez tout le temps de les lire, car le volume tout prêt ne sera pas mis en vente avant un certain temps surtout si j’en donne une partie en feuilleton, dans un journal. Mais, même non mis en vente, il sera imprimé entièrement, on n’y pourra plus rien changer, c‘est peut-être déjà trop tard. De plus, à cause de cette question de feuilleton possible, il me faut garder les épreuves pour le journal. Princesse, je m’aperçois qu’il y avait quelque chose d’écrit au dos de cette page. Excusez-moi donc de ne vous envoyer qu’une demie feuille et veuillez agréer mes respectueux hommages, Marcel Proust.

Giverny, par Vernon Eure

Madame,

Je vous remercie infiniment de votre si généreuse participation à la souscription Manet. J'espère que nous arriverons à notre but et qu'enfin Manet sera placé comme il le mérite. Je suis très touché des éloges que vous voulez bien m'adresser pour mon exposition, et suis heureux de vous savoir en possession d'un nouveau tableau de moi. Recevez, Madame, avec mes respectueux hommages, l'assurance de mes sentiments distingués,

Claude Monet

  31 juillet 89