Lundi.

40 Rue de Villejust

 

Princesse,

Je viendrai dîner avec vous demain soir, comme vous voulez bien m'y convier. Je suis tout à fait confus des marques de sympathie que vous me donnez, et dont je vous prie de me croire infiniment touché.

Je mets à vos pieds mes respectueux hommages

Paul Valéry

52

Tavistock Square

w.c.1.

Telephone : Museum 2621

13th dec 36

 

Dear Princesse de Polignac,

How very good of you & of Louise de Vilmorin to send me the book. Will you thank her from me for writing my name in it ? I am taking it away to the Sussex Downs this week, where I hope to read it in peace. London is not a place for reading.

 But I greatly enjoyed my luncheon with you, all the same - in London- & hope that some day you will come & see us in our flat.

I am sending your correction of the Mallarmé to Charles Mautron. I am so glad you liked it.
Yours sincerely

Virginia Woolf 

 

(Chère Princesse de Polignac,

Comme c'est gentil à vous et à Louise de Vilmorin de m'avoir envoyé le livre. Pourrez-vous la remercier de ma part d'avoir écrit mon nom à l'intérieur ? Je l'emporte avec moi au Sussex Downs cette semaine, où j'espère pouvoir le lire en paix. Londres n'est pas un endroit pour la lecture.

Mais j'ai énormément apprécié mon déjeuner avec vous, tout de même, à Londres, et j'espère qu'un jour vous viendrez nous voir à notre appartement.

J’envoie votre correction du Mallarmé à Charles Mauron : je suis si heureuse que vous l'ayez aimé.

Sincèrement vôtre

Virginia Woolf)

Madame,

Je vous remercie bien de votre envoi. Je viendrai avec tant de plaisir travailler dans votre magnifique atelier et je compte vous faire poser ainsi que vos amies.

Recevez, Madame, mes hommages respectueux.

Bien reconnaissant

Helleu

Claridge, Champs-Elysées.

Pourquoi vous souciez-vous de l'avis d'âme qui vive ? Soyez à la fois la raison même, le caprice et une certaine espèce d'humour imprévisible - comme le Tout-Puissant, quoi !

Si samedi ne vous plaît pas, il y a mercredi ? Car mardi, je parle à la radio avec Frédéric Lefèvre. Je vous embrasse, très chère Winnie, et je suis du fond du coeur, votre

Colette

Villa Les Rochers, Biarritz, 18 juillet 22

Ma chère grande amie,

Monsieur Wiener me communique l’entretien qu’il avait eu avec vous au sujet de ses concerts, la façon particulièrement bienveillante dont vous l’avez accueilli, et le nouveau témoignage de votre fidèle sympathie pour ma musique. J’en suis très touché, croyez le moi, et vous en remercie.

La semaine dernière, j’étais pour trois jours à Paris et, à mon grand regret, je ne vous y avais pas trouvée.Je voulais aussi vous dire que Monsieur Cole Porter, pour finir, a brusquement renoncé de prendre des leçons chez moi. Quand je vous ai vue la dernière fois, j’étais en possession d’un contrat, établi et signé par lui, qu’il faisait accompagner d’une lettre. Il m’a demandé de communiquer directement avec son avocat s’il y a quoi que ce soit dans le contrat qui ne me convienne pas, (je souligne sa phrase). Je l’ai fait, en lui envoyant ma contreproposition, qui, au fond, ne mettait que quelques précisions à son contrat (qui ne me garantissait que la moitié de la somme annoncée). Là-dessus, je reçois par son avocat la nouvelle assez inattendue de son refus - inattendue, car c’est lui-même qui m’a engagé de me prononcer sur sa rédaction. Je ne vous cache pas que sa façon d’agir m’a assez froissé, et je regrette aussi beaucoup qu’il vous ait dérangée pour rien. J’aimerais avoir de vos nouvelles promises et, en attendant, croyez-moi, bien chère Princesse votre affectueusement dévoué

Igor Stravinsky.

14 avril 1896

Chère Madame,

J'ai vu Bordes hier et je viens en son nom et au mien vous remercier de votre générosité pour notre petite "Schola" naissante.

Nous avons examiné les voies et moyens pour mener à bien notre entreprise de "Johannès Passion", et nous avons constaté que, tout bien considéré, ce concert coûtera environ 3, 000 francs (car je n'avais pas compté dans mon devis les frais de publicité). Si, (étant donné que vous voulez bien nous faire largesse d'un billet de mille francs), vous croyez pouvoir nous répondre qu'il vous sera possible de placer sûrement mille autres francs de billets, dans ce cas, nous pouvons marcher, car, avec la recette de la porte nous couvrirons au moins les mille francs de frais restants et il faut espérer que la recette même dépassera ces mille francs, quoique à cette époque tardive de l'année, bien des gens ne se soucient plus guère d'aller au concert.

Je vous serais donc extrêmement reconnaissant de nous faire savoir si outre les mille francs que vous donnez généreusement, vous croyez pouvoir nous assurer d'un placement de billets pour la somme de 1 000 francs, car ce n'est que dans cette hypothèse que nous pouvons nous permettre d'engager les musiciens, choristes, etc.. et, sans cela, nous risquerions d'endetter notre malheureuse "Schola", qui est déjà assez misérable comme cela !

Encore une prière : dans le cas où nous pouvons marcher en avant pour ce concert, vous m'avez dit que d'Harcourt nous donnerait une salle, mais il serait bon qu'il vous en donnât l'assurance par écrit, car avec lui il faut prendre ses précautions, et nous vous serions extrêmement reconnaissants de lui demander sa salle avec l'orgue pour le vendredi soir 28 mai, pour deux répétitions à fixer postérieurement.

Mille pardons, chère Madame, de vous importuner ainsi, mais notre "Schola" nous passionne tellement et votre bonté pour la vraie musique nous a été si souvent prouvée que nous n'hésitons pas à abuser, espérant que vous absoudrez notre importunité en faveur du double but très élevé à atteindre.

Veuillez agréer, chère Madame, l’expression de mes plus sympathiques hommages,

Vincent d’Indy

PS : Il est bien entendu que nous chanterons entre les deux parties de la Passion, Marthe et Marie, qui fera un très bon intermède au milieu des hautes sévérités de Bach.

Princesse,

Je me permets de vous envoyer ces deux petits poèmes nouveaux-nés. Je serai heureuse si vous les aimez. Et maintenant pour une semaine j'abandonne la page blanche, l'encre, et la plume pour la guitare, en vue de notre soirée de samedi !

Veuillez croire, Princesse, à ma respectueuse affection.

Louise de Vilmorin

Loulou

14 juin 1936

 

Le guide

Le guide, voilà, je suis le guide

Qui sans rire pointe du doigt

vos goûts, qui dicte vos émois

et trace vos voyages au delà des liquides.

Je suis le guide vers le blanc,

vers le tête-à-tête dans l'espace,

je distrais les  dames lasses

par mes tours de passe-passe un instant.

Je suis le guide, le violon,

l'ombre charmante de moi-même

je conduis vers le pur et blême

et vers les rimes sans raison.


Profitez-en Messieurs et dames

je ne vivrai qu'une saison,

Visitez mes états d'âme

aux larges plaines sans horizons.

Ouvrez mes boîtes, n'ayez pas peur :

mes bijoux sont à l'intérieur.

Suivez le guide.

LV.

 

Aux officiers de la garde blanche

Officiers de la garde blanche

Gardez-moi de certaines pensées la nuit,

Gardez-moi des corps à corps et de l'appui

d'une main sur ma hanche.

Gardez-moi surtout de lui

qui par la manche m'entraîne

vers le hasard des mains pleines

et les ailleurs d'eau qui luit.

Epargnez-moi les tourments en tourmente

de l'aimer un jour plus qu'aujourd'hui

et la froide moiteur des attentes

qui presseront aux vitres et aux portes

mon profil de dame déjà morte.

Officiers de la garde blanche,

je ne veux pas pleurer pour lui

sur terre, je veux pleurer sur pluie

sur sa terre, sur son astre orné de buis

lorsque plus tard je planerai transparente

au dessus des cent pas d'ennui.

Officiers des consciences pures,

vous qui faites les visages beaux

confiez dans l'espace au vol des corbeaux

un message pour les chercheurs de mesure

et forgez pour nous des chaines sans anneaux.

LV. 

157, boulevard Haussmann

Princesse,

J’ai trouvé en revenant de la campagne le plus charmant souvenir.

Votre pensée me touche tellement, tellement...

Et me plaçant résolument à un plan inférieur, je veux tout de suite ajouter que ce cadeau me cause un pénétrant plaisir.

Depuis si longtemps, je cherchais un cachet qui pût demeurer en évidence sur une table de laque. Et je ne rencontrais que des objets de forme odieusement utilitaire et enrichis de ces mélancoliques petits attributs d’un goût exquis, de couleur hideuse, qui, aux heures de grand abattement prennent une apparence si étrangère, si hostile et semblent narguer notre misère intérieure.

Mais vous, Princesse, avec la sûreté du génie, vous avez su, et sans une hésitation, je le jurerais, choisir un cachet de rêve, transparent, pur, ailé, une petite vision d’artiste fixée dans le verre.

Je sens que je considérerai toujours avec une profonde confiance, avec beaucoup d’amitié émue ce petit illi d’air qui voudrait je crois s’envoler par-dessus les toits et arriver en même temps que les lettres d’amour, pour sceller les serments éphémères , qui bouillonnent sous l’enveloppe et sous la cire.

Princesse, je suis désespéré de n’être pas libre dimanche, mais, si vous me le permettez, je vous téléphonerai et vous demanderai de m’accorder prochainement la joie de causer avec vous. Je vous supplie de croire, je veux que vous sachiez que je vous admire profondément pour tout ce que vous valez et que tout le monde reconnaît, pour tout ce que vous pouvez être et qui est si beau et si émouvant et que je sais. Souffrez, Princesse, que je mette à vos pieds l’hommage de ma fidèle amitié consciente (?) et toute dévouée et de mon respect profond.

Henry Bernstein

Hélas! hélas!...  Heureux ceux qui ont un coeur fidèle : je les jalouse. (Ceci est une confidence attristée et que vous garderez pour vous, je le sais)