Laboratoire de Physique

74, rue de Vaugirard

Madame,

Je n’ai pas eu l’occasion, depuis longtemps, de vous mettre au courant de mes travaux. Mes investigations sont théoriques, c’est d’ailleurs ainsi que se préparent habituellement les applications. Depuis que j’ai été en mesure d’attacher à mon laboratoire un mécanicien exercé, mes appareils se sont perfectionnés comme il était désirable, et je suis heureux, grâce à votre intervention, de poursuivre, sans aucune difficulté, mes recherches.

Je me permets de vous adresser mes souhaits pour l’année qui va commencer, et je vous prie, Madame, d’agréer l’expression de mes sentiments respectueusement dévoués.

Edouard Branly

31 décembre 1913 

 

(photocopie confiée par la Fondation Manuel de Falla)        43, Avenue Henri-Martin, XVIe

Cher Monsieur-

J'ai été heureuse de vous voir hier et de penser que la représentation de votre belle oeuvre pourra avoir lieu chez moi ce printemps.

J'espère que vous avez eu une réponse satisfaisante des artistes. Je voudrais naturellement savoir quel cachet ils demanderaient pour chanter chez moi - et avoir une idée des frais qu'il faudrait envisager pour faire faire les marionnettes par l'excellent artiste dont vous m'avez parlé.

Je serais ravie de vous voir demain vers 2 1/2 - en attendant croyez je vous prie cher Monsieur à mes sentiments d'admiration et de sympathie.

La Pcesse Ed de Polignac.

 

25 avril 23 

Littré 05 34                                                                                                     3, impasse Valmy

 16 janvier 1931                                                                                                46, rue du Bac

 

 Chère Princesse,

C'est une grande joie pour nous tous qui avons pour vous une admiration sincère et une affection profonde que vous ayiez été décorée. Et nous en sommes reconnaissants à notre gouvernement. Vous avez tant fait pour la France, et pour sa musique et pour ses sciences que l'on vous devait bien ça ! Mais il fallait le reconnaître ; il est bien heureux que ce soit fait. J'ai eu le plaisir de dîner à côté de vous le soir du jour où vous aviez fait une donation pour notre hellénisme ; je n'ai jamais oublié votre joie, votre enthousiasme, la manière dont vous parliez de la Grèce ; ce soir, j'ai commencé d'avoir pour vous ces sentiments de respect ému qui me rendent aujourd'hui si content pour vous. Donc servir la France et l'art comme vous l'avez fait, avec tant d'amour, c'est s'assurer une place dans la mémoire des êtres et notre reconnaissance se matérialise aujourd'hui.

Chère Princesse, je vous écris tout cela parce que je sais bien que je ne vous le dirai jamais de vive voix.

Ma femme se joint à moi pour vous adresser nos félicitations et vous assurer de nos sentiments bien dévoués

Edmond Jaloux.

(sans date)

Très chère Winn,

Je suis si malade que je ne puis écrire qu'un mot. Je tâcherai de téléphoner ce soir ou demain. Merci tendrement pour les paroles si touchantes et pour les belles fleurs. Je serai bien heureuse de vous revoir Anna.

Paris, 11 rue Soufflot,

2 juin 1929.

Princesse,

Le jour où j'ai eu l'honneur de vous être présenté, vous m'avez dit qu'il vous serait agréable d'être renseignée avec quelque précision sur l'appareil dont les biologistes du Collège de France souhaitent si vivement être pourvus. En conséquence, deux d'entre eux, M. André Mayer, directeur du laboratoire d'Histoire naturelle des corps organisés, et M. Henri Piéron, directeur du laboratoire de Physiologie des sensations, se sont mis en devoir de composer une notice sur l'oscillographe cathodique et son emploi en biologie. 

La rédaction en a été entravée par diverses corconstances accidentelles ; mais il n'y avait pas péril en la demeure, car le Ministre des Finances et le Ministre de l'Intérieur n'ont pris que la semaine dernière les dispositions requises par les articles 17 et suivants du Décret : en sorte qu'il nous a été impossible jusqu'ici d'informer officiellement l'Administrateur du Collège de France de la décision prise par le Conseil et de la communiquer au public.

Enfin, toutes les formalités administratives sont aujourd'hui remplies, et j'ai reçu, tirée à une trentaine d'exemplaires, la notice désirée. J'en adresse un exemplaire à chacun des membres du Conseil d'Administration, et vous en recevrez une dizaine en même temps que la présente lettre. Je garde les autres à l'intention des chroniqueurs scientifiques qui auront prochainement l'occasion de parler de la Fondation Singer-Polignac dans les revues ou les journaux.

Je souhaite, Princesse, que cette notice vous satisfasse et qu'elle vous donne le juste sentiment du grand bienfait dont la science française vous sera redevable. Ce que je puis en tous cas attester, c'est la joie qu'ont ressentie mes collègues quand ils ont appris la belle nouvelle. Le Collège de France doit célébrer dans un an, au mois de juin prochain, le 4ème centenaire de sa fondation par le roi François 1er, et des savants venus des quatre coins du monde participeront à ces fêtes. Nous serons fiers de montrer à nos hôtes étrangers, comme un rare joyau, le bel appareil, tout nouvellement installé, dont la Princesse Edmond de Polignac aura doté notre vieille maison.

Veuillez agréer, Princesse, l'hommage de mon très profond respect.

Joseph Bédier

2 janvier

Pardon de ce papier, mais nous sommes en guerre !

Ma chère Princesse, Votre lettre charmante (et trop flatteuse) m’a causé un double plaisir : celui de l’amitié satisfaite, et celui de l’intelligence ravie. J’ai trouvé excellente votre expression : lutte avec certaines oeuvres. Lutte qui pourrait faire pendant à celle de Jacob avec l’Ange - mais avec un ange qui se servirait de gaz asphyxiants !

Je suis très heureux que vous me mettiez en opposition avec ces gens-là. Vous savez quel soin j’ai toujours apporté à pas m’inféoder à leurs odieuses associations. Ma musique est ce qu’elle est, mais elle ne sera jamais celle qu’ils aiment, et j’en suis bien heureux ! Le mot du Prince est très juste, comme tout ce qu’il disait et pensait. Le goût véritable n’indique pas, certes, qu’on ait du coeur ; mais il signale, dans le coeur, un petit coin secret et privilégié ; malheureusement, ce petit coin-là est très sensible, très douloureux, et ceux qui le cultivent connaissent rarement le « parfait bonheur » !

Au revoir. J’ignore si Lady Ripon1 est vivante ou morte ; ce dernier état pourrait seul justifier son silence après certaine lettre que je lui écrivis il y a un an ! Never mind ! Elle perd un ami qui l’aimait beaucoup. -

Votre respectueux et affectionné Reynaldo Hahn.

.Paris, 11 rue Soufflot 8 Xbre 1926

Monsieur l'ambassadeur,

 Voici quelques renseignements que je suis heureux de vous communiquer. 

1°) L'Histoire du Collège de France depuis ses origines jusqu'à la fin du premier Empire, par Abel Lefranc (1 vol 8° de XIV-332 pagzes, Paris, Hachette, 1893) est un ouvrage excellent.

2°) M. Abel Lefranc vient d'en récrire le premier chapitre : les commencements du Collège de France (1529-1544) (mémoire publié dans les Mélanges d'Histoire offerts à Henri Pirenne, 1926, p. 291-306)

3°) Je ne saurais trop recommander à votre ami de lire le bel article où notre administrateur actuel, M. Maurice Croiset, expose au grand public ce qu'est le Collège. Cet article a paru cette année même dans la Revue des Deux-Mondes (1er mai 1926).

4°) Je regrette de n'avoir pas un exemplaire de cet article  à vous adresser. Mais je mettrai à la Poste en même temps que la présente lettre un exemplaire de l'Annuaire du Collège de France que vous pourrez offrir à votre ami et qu'il sera inutile de me retourner : c'est l'annuaire de l'année dernière. Il y trouvera bien des renseignements sur l'activité du Collège et en tête une Notice sommaire, rédigée par M. Maurice Croiset, et qui dit l'essentiel sur notre statut.

5°) Je joins à cet envoi un exemplaire (il sera pareillement inutile de me le retourner) du Règlement du  Collège de France. Renan disait qu'il n'existe en France que deux institutions dont aucun évènement politique (guerre, révolution, etc) n'ait entravé, fût-ce un seul jour, le fonctionnement et dont le règlement s'est maintenu, à peu près le même,  depuis les origines : les Halles et le Collège. A vrai dire, notre règlement a été modifié en 1911, mais selon l'esprit du règlement primitif et pour en renforcer les dispositions libérales.

6°) Le Collège a la "personnalité civile", c'est-à-dire qu'il peut recevoir des legs ; mais il n'a pas encore "l'autonomie financière" ; il espère l'obtenir très prochainement.

Je me réjouis de l'intérêt qu'un étranger veut bien porter à notre maison : il n'en est guère dont notre pays doive tirer plus de juste fierté. Je connais assez bien les Universités étrangères : les vieilles Universtés anglaises, Oxford et Cambridge mises à part, le Collège de France est à peu près le seul établissement d'enseignement du monde où les professeurs ne soient pas "exploités", où ils puissent faire librement leur tâche de savants.

Je vous suis reconnaissant, Monsieur l'Ambassadeur, de l'honneur que vous m'avez fait en m'interrogeant, je reste à votre dispositions et à celle de votre ami pour tout supplément d'information et je vous prie de vouloir bien agréer l'assurance de mes sentiments les plus distingués.

Joseph Bédier

 

Paris, ce 27 sept. 93

Ne sachant si cette lettre vous serait parvenue en l'adressant à Badenwailer  je prends le parti de vous l'adresser à Paris avec "faire suivre".

Merci des bonnes nouvelles, sauf celle de votre indisposition récente, est-ce que cette forte santé dont nous nous moquions un peu injustement (les deux malades) à Londres, commencerait à décliner ? Merci pour la bonne annonce du prochain retour.

Vous me flattez outre mesure en me décernant cet exceptionnel brevet de Bonté ; je ne sais si je le mérite, peut-être préférerais-je une pointe de perversité toujours moins banale ; maintenant c'est peut-être vous qui me l'inspirez, cette bonté, en tout cas je désire fermement que vous sachiez et sentiez près de vous (au milieu des torrents et ravins, des lacs bleus ou des Fêtes mondaines, et à travers les temps et les distances) toujours, le souvenir d'un attachement (raisonné et irraisonné) que rien ne pourra atténuer, je l'espère, et aussi attentif que fidèle.

Et vous me ferez grand honneur aussi en acceptant ce dévouement et cette dévotion ; je puis m'excuser en me disant qu'il est toujours bon de sentir qu'on n'est pas seul, et qu'il est bien rare et précieux de savoir que l'on se comprend ; quant à moi, je reconnais l'évidence de cette similitude de pensée à chaque instant. Constamment une parole dite par vous me revient, et je l'enregistre ; ainsi à Cordes, au piano, je venais de jouer "Am see" de Schubert, et vous m'avez dit :"Voici une pensée qui vient de nous être transmise intacte, intense comme au jour de son émission, et c'est le procès des progrès de la science moderne tant vantés, des machines, de la vapeur etc... qui se modifient et se détruisent".

Je vous appelle souvent à part moi la Clairvoyante à l'oeil bleu.

Avez-vous pris quelques pochades dans votre merveilleuse traversée des montagnes ? Je l'espère pour vous et pour nous.

J'ai vu hier Guy, à son passage. Je lui ai transmis votre souvenir. J'ai écrit un mot à Misia pour m'excuser d'avoir manqué ma visite à Tencin, je tiens à ne jamais mériter l'épithète de lâcheur. A bientôt j'espère ; votre bien affectueux et toujours constant Edmond.

(6 juillet 1898 ?non daté) Samedi.

On étouffe ! 30 degrés à l'ombre ! J'ai néanmoins beaucoup à vous dire, non comme nouvelles ou faits divers, mais comme pensées en moi sur vous, vers vous, autour de vous. D'abord merci de la bonne lettre ! merci pour les nouvelles du dîner gai, sur l'eau, et qui vous a fourni l'occasion d'une jolie impression de paysage. Merci encore de penser à moi par ces effluves de chaleurs forestières qui me sont les plus funestes, et par ce bruit de canon vraiment trop matinal. Aujourd'hui Madeleine vous rejoint. Peut-être pourrez-vous travailler. Je vous sais plus vaillante que moi. Je ne me suis attelé à rien encore, car c'est pour moi un vrai joug que le travail.

Je suis atteint d'une indicible paresse dorsale. J'ai besoin du (illis) le dossier d'un fauteuil et c'est le contraire de l'écriture. Hier et aujourd'hui, je n'ai fait qu'un peu de copie, pour remise au propre.

Je n'ai rien reçu non plus de Melle (?) Il ne faut pas lui en vouloir, c'est sa manière de se souvenir, mais on sait bien que ce n'est pas de l'oubli !

Je serai bien heureux, bien ravi, de me retrouver avec ma chérie chérie Winn mardi. Rien ne vaut la confiance réciproque, la sécurité dans l'affection et l'indestructible certitude qu'on sera toujours l'un à l'autre, c'est la vraie bénédiction de la vie ; et puis mille points de ressemblances qui relient nos pensées chaque jour davantage et tous les sentiments de reconnaissance au détail de souvenirs rapprochés que j'ai pour toi. Dearest, je t'embrasse bien de tout mon coeur. Edmond