Lettre de Nadia Boulanger à la Princesse de Polignac n°107

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36, rue Ballu 9e
Téléph : Trinité 20-17
sans date.

Chère Princesse,

Comme votre affection m'est douce - ces derniers jours ont été si durs, si terribles et me laissent si "fatiguée". Maman a été, comme toujours, oublieuse d'elle-même, à un degré incroyable. Sa seule pensée maintenant est de me persuader que, après elle, rien ne doit changer. Et je me retrouve 17 ans en arrière - Comme jadis ma petite Lili, Maman aujourd'hui n'a qu'un souci, moi, ma paix, et encore moi.

Je ne sais si je mérite de si lumineux privilèges, qui me donnent de la vie un tel respect - et en Dieu, une telle foi - mais... tant de deuils, de tristesses, d'efforts, de renoncements se sont accumulés que mon coeur est à bout de forces. Et il faut pourtant travailler, sourire et tenir. Je crois que j'y réussirai encore - mais comment y parvenir "à l'intérieur". Vous m'aiderez, chère Princesse, j'en suis sûre, aux heures où le courage m'abandonnera - vivre encore avec cette angoisse, c'est une telle terreur !

Maman , encore très faible, est mieux. Vous l'aimeriez plus encore, si tranquille, oublieuse d'elle-même si totalement . Son coeur est moins inquiétant et elle garde un ressort étonnant. Mais cette crise - et cette menace !

Je suis d'un coeur profondément attaché, votre

Nadia

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