Bien chère Princesse,

Je vous envoie tous mes meilleurs souhaits de bonne année, et regrette vivement que votre indisposition m’avait empêché de vous voir et de vous le dire de vive voix.

Je me souhaite donc de vous revoir prochainement en bonne santé et vous prie, bien chère Princesse, de trouver ici l’expression de ma grande et toujours fidèle admiration

Votre Igor Stravinsky

Biarritz, «  Les Rochers », 31 déc 22 

A samedi

Chère et encore plus chère Winnie, je reçois le gros panier printanier et je vous remercie mille fois. Prenons toutes les décisions que commande la situation ! Madame de Noailles m'a téléphoné d'une manière ravissante. La semaine prochaine, êtes-vous un peu libre ? Je vous embrasse et vous aime . Colette.

Winnie chère, croyez-moi, Beauvallon n'est pas possible ! J'ai à Seawood Lodge (à 500 mètres de chez moi, villa isolée, propriétaire charmant, table excellente, c'est tout nouveau, jardins, fleurs, bord de mer très élevé) une chambre qui ne peut pas ne pas vous plaire ! Je reviens, je vais conduire Maurice Goudeket à un train inéluctable de 6h à St Raphaël, le povre ! Mais ne restez pas à Beauvallon, vous prendriez tout le pays en grippe ! A tout à l'heure, dînons ensemble, ou chez moi (frugalité) ou à Seawood (bon dîner et vin un peu là !) Naturellement, votre dépêche m'a été remise ce matin à 8 heures. Je vous dirai qui j'ai fait déménager pour vous, à Seawod. Votre Colette.

Giverny, par Vernon Eure

Madame,

Je vous remercie infiniment de votre si généreuse participation à la souscription Manet. J'espère que nous arriverons à notre but et qu'enfin Manet sera placé comme il le mérite. Je suis très touché des éloges que vous voulez bien m'adresser pour mon exposition, et suis heureux de vous savoir en possession d'un nouveau tableau de moi. Recevez, Madame, avec mes respectueux hommages, l'assurance de mes sentiments distingués,

Claude Monet

  31 juillet 89 

36, rue Ballu 9e
Téléph : Trinité 20-17
sans date.

Chère Princesse,

Comme votre affection m'est douce - ces derniers jours ont été si durs, si terribles et me laissent si "fatiguée". Maman a été, comme toujours, oublieuse d'elle-même, à un degré incroyable. Sa seule pensée maintenant est de me persuader que, après elle, rien ne doit changer. Et je me retrouve 17 ans en arrière - Comme jadis ma petite Lili, Maman aujourd'hui n'a qu'un souci, moi, ma paix, et encore moi.

Je ne sais si je mérite de si lumineux privilèges, qui me donnent de la vie un tel respect - et en Dieu, une telle foi - mais... tant de deuils, de tristesses, d'efforts, de renoncements se sont accumulés que mon coeur est à bout de forces. Et il faut pourtant travailler, sourire et tenir. Je crois que j'y réussirai encore - mais comment y parvenir "à l'intérieur". Vous m'aiderez, chère Princesse, j'en suis sûre, aux heures où le courage m'abandonnera - vivre encore avec cette angoisse, c'est une telle terreur !

Maman , encore très faible, est mieux. Vous l'aimeriez plus encore, si tranquille, oublieuse d'elle-même si totalement . Son coeur est moins inquiétant et elle garde un ressort étonnant. Mais cette crise - et cette menace !

Je suis d'un coeur profondément attaché, votre

Nadia

St Gervais, 17 juillet (1896 ? non daté)

Bien chérie Winn-Winn,

merci de ta bonne lettre affectueuse. Je vous adresse cette lettre à Fantaisie, vous y serez déjà installée (?!!) depuis deux jours ; c’est triste de manquer d’eau, j’espère que nous en aurons tout de même un peu pour boire avec Paris. Je n’ai pas pensé à apporter des serviettes de toilette, peut-être en avez-vous apporté suffisamment, ou pourrai-je en trouver là-bas. Merci pour le petit coin que vous me promettez de me préparer. Je suis sûr que, par vos soins, il sera très campagnard.

Je serai bien heureux de retrouver ma chère Winn, avec la grosse natte par-derrière en catogan.

Et je pense aussi souvent à nos promenades matinales sur la terrasse des orangers à Tencin quand vous avez sur le dos le paletot de prédilection. Nous reverrons aussi ce bon temps-là, n’est-ce-pas ? Quand Mme BIBI voudra bien reprendre ses pinceaux trop longtemps abandonnés pour les pédaleries et retours nocturnes des cabarets avec les jeunes amoureux et les Dames Foulque !

Merci de penser d’avance à me chercher à la gare. Nous sommes à citer comme ménage modèle, d’être, après trois années bientôt de chaîne commune, aussi peu usés et toujours neufs l’un pour l’autre ; tandis que tant d’autres, après même une année seulement, déjà repus l’un de l’autre, quand ils se dérangent pour venir aux stations, ne se retrouvent en voiture qu’avec tristesse, écoeurement, et de longs silences en voiture, dégoûtés souvent de trop se connaître, se sentant amoindris et honteux comme des gens qui ont fait ensemble quelque chose de sale.

Je sais bien que la thèse oposée peut se soutenir, après boire !! mais ce que l’on pourra toujours affirmer, c’est que la réalité ne vaut jamais l’illusion...

Je vous envoie mon sale griffonnage qui doit représenter ce que l’on voit de ma fenêtre. Adieu dearest Winn,

Plus je vais, plus je sais que des liens indissolubles m’attachent à vous, et c’est ma fin de vie.

Je t’embrasse tendrement

Edmond.

(Fin juillet-début août 1891 ? non daté)

Chère Princesse,

Je vous avais écrit et j'ai eu bien de la vraie peine que vous m'ayez parlé d'oubli et d'indifférence !!

Non, je ne puis pas, je ne puis pas aller à Bayreuth ! Vous ne savez pas, vous, très heureuse, ce que c'est que de ne pouvoir pas ce qu'on voudrait le plus au monde !

Et comme je vous adore, moi, je suis heureux que parmi tous les chagrins qu'il faut éprouver nécessairement, vous n'ayez pas, du moins, celui-là !

Je ne puis pas vous dire que je vais bien. J'ai dû me remettre entre les mains de l'homme aux régimes sévères mais justes ! J'ai eu des maux de tête horriblement journaliers et douloureux !

J'ai séché devant les vers de Samain : tout ce qui est venu est non avenu pour cause de mauvaise conformation !

Les douleurs de l'humanité m'ont trouvé froid, peut-être à cause des miennes propres ! mais pour faire oeuvre d'artiste, il faut sortir de soi et je vais m'y essayer ! le problème est tentant et la part qui me fait le poète d'accord avec vous, plus poète que lui encore, est des plus séduisantes ! les notes dansent devant mes yeux mais ne se laissent pas encore prendre ! C'est ainsi que fut toujours certaine belle princesse, la plus séduisante, la plus inconnue, à Venise, à Florence, à Paris !

N'allez pas me dire que ce n'eut pas été comme cela à Bayreuth car, malgré toute ma respectueuse tendresse, je ne vous croirais pas ! pardonnez-moi ! Quand vous reviendrez j'espère pouvoir vous montrer l'oeuvre dans son commencement ! J'en suis malade de peur de ne pas bien réussir !

M'écrirez-vous à la Madeleine ?

Votre bien véritablement affectionné et très reconnaissant

Gabriel Fauré.

(7 janvier 1892 ? non daté )

Chère Princesse

Je ne puis pas ne pas vous remercier pour la si bonne soirée d'hier ! Personne ne sait comme vous me mettre en évidence et faire partager par tous la sympathie que vous avez la bonté de me témoigner ! Soyez bien assurée que je suis toujours minutieusement sensible à tous les témoignages de votre chère amitié et que je vous en ai de la reconnaissance jusque dans les plus petits coins de moi-même ! Il me tarde bien de vous voir plus souvent : cela devient lugubre la vie que je mène!

Bien à vous très sincèrement, très affectueusement et respectueusement et encore merci ! Gabriel Fauré

(1918 ? non daté)

102 bd Haussmann

Princesse,

Quel ennui - je ne dis pas que, moi qui n'y vois pas clair, je vous aie longuement écrit - mais que vous qui souffrez du bras (je n'en savais rien, j'en suis navré), vous m'ayiez répondu - pour un résultat nul. En effet (et cela tient probablement 1°- à ma mauvaise écriture, 2°- à la longueur exagérée de ma lettre, longueur qui a dû vous rebuter dès la seconde page) je vous disais exactement le contraire de ce que vous avez compris. Je vous disais : "Je vois des inconvénients, peut-être imaginaires, à dédier au Prince les 3 derniers volumes de mon livre. Mais je n'en vois aucun à lui dédier le prochain (le 2ème) "A l'Ombre des jeunes filles en fleurs". Vous me répondez : "Du moment que vous voyez des inconvénients à dédier au Prince le 2e volume". Or, (puisque sans cela vous aimeriez que je lui dédiasse, et que cela n'existe pas puisque je vous ai écrit le contraire), dans le doute, pressé par le temps, croyant m'inspirer du sentiment de votre lettre, j'envoie exprès quelqu'un à Étampes demander à l'imprimeur d'ajouter la dédicace. Je n'ai plus le temps de la faire longue (Chaque jour j'attendais heure par heure votre réponse!). J'ai mis simplement ceci : A la mémoire chère et vénérée du Prince Edmond de Polignac. Hommage de celui à qui il témoigna tant de bonté et qui admire encore, dans le recueillement du souvenir, la singularité d'un art et d'un esprit délicieux. J'espère qu'il sera temps encore et que cela pourra être imprimé. Maintenant, si pour une raison quelconque, (ce que je trouverais tout naturel) vous préfériez, malgré tout, pas de dédicace, ayez la bonté de me faire télégraphier. Dans le cas contraire, ne prenez pas la peine de me répondre et la dédicace sera imprimée, sauf impossibilité matérielle de la Semeuse (l'imprimerie d'Étampes). Ce qui m'a décidé à envoyer la dédicace, c'est naturellement surtout le fait que la raison que vous donnez contre elle, et avec regret semble-t-il, est une raison que je ne vous ai nullement donnée comme vous paraissez le croire puisqu'au contraire je trouvais les objections possibles pour les autres volumes non fondées pour celui-là. Mais c'est aussi parce que j'ai vu Morand (avant de recevoir votre lettre), que je lui ai dit mon impatiente attente (sans lui parler naturellement des raisons que je vous avais soumises, des objections possibles, ni des ennemis jaloux) et qu'il m'a parlé avec force du plaisir que cela vous ferait qu'il me conseillait de ne pas anéantir en attendant une permission qui viendrait peut-être trop tard. Or Princesse je désire beaucoup vous faire plaisir. Ma lettre de l'autre jour - de ces lettres gauches où l'on écrit dans l'indécision de ce qu'on pense, avec l'imprécision de la vérité - n'a pas pu vous faire plaisir. Peut-être maintenant la dédicace vous en fera-t-elle et un malentendu de vingt ans sera-t-il dissipé. De cela je jouirai matériellement peu, puisque je ne sors jamais, mais il me sera doux, même à distance, de nous sentir "bien ensemble", de ne plus avoir dans les lettres de "Cher Monsieur" etc.

Daignez agréer, Princesse, mes hommages respectueux,

Marcel Proust

mercredi 24 (sans date)

Princesse

Permettez-moi de vous remercier de m’avoir convié à deux régals artistiques comme ceux d’hier et d’avant-hier.

J’ai éprouvé de réelles jouissances à entendre deux fois ces belles oeuvres que j’aime dans un cadre qui semblait fait pour les faire valoir.

Cet atelier est vraiment une merveilleuse salle de musique et il a sur les salons ce grand avantage que l’élément mondain, d’habitude gênant et décevant,n’y abolit nullement l’impression d’art.

C’était vraiment de très belles et très dignes fêtes.

Pardonnez-moi de vous écrire cela tout crûment, mais je n’ai jamais su garder mes impressions pour moi tout seul -

Merci donc encore, Princesse, et veuillez accepter le sincère hommage d’un déjà ancien ami, Vincent d’Indy.