Avant Propos Par le professeur Yves Pouliquen, de l’Académie française, président de la Fondation Les plus remarquables œuvres humaines nous font nous interroger sur les raisons qui firent qu’un jour elles devinrent ce qu’elles sont et que nous puissions en être les heureux bénéficiaires. La Fondation Singer-Polignac fait partie de celles-là. À l’évidence, c’est la décision de Winnaretta Singer, princesse Edmond de Polignac, de donner une forme juridique à l’action de mécénat qu’elle entretenait depuis très longtemps, qui en marqua, en 1928, définitivement la naissance, mais il est plus juste d’y retrouver l’ultime conséquence de la passion que la princesse entretenait depuis son adolescence avec la peinture et la musique. Elle y exprimait de beaux talents dont témoignent les toiles qu’elle nous a laissées et la voûte de la salle de musique construite autour de son orgue, qui vibre encore des harmonies qu’elle y composait. Mais il y eut aussi l’attrait de Paris, d’où sa mère était originaire et où il n’était guère possible d’être célèbre, pour un artiste, sans y être reçu en ses salons. Il y eut enfin la rencontre avec le prince Edmond de Polignac, ce fin compositeur avec lequel elle partagea, autant qu’il vécut, le goût immodéré qu’elle avait pour la musique. Il y eut enfin ce désir de construire ce bel hôtel particulier, sur les traces de l’ancien, afin qu’il devînt l’un des lieux les plus attrayants de la capitale.
Il le fut au-delà de ce qu’elle espérait, pour les musiciens tout d’abord, qui y exprimèrent souvent en première audition des œuvres que la princesse leur avait commandées. Fauré, Chabrier, Ravel, Satie, de Falla et Stravinski en sont les plus connus. Pour les amis de la princesse, en second lieu, qui les conviait à ces concerts dont la presse faisait écho parmi lesquels Marcel Proust, Colette, etc. ne furent pas les moins célèbres. Mais il fut aussi le lieu de rencontre que Winnaretta Singer-Polignac offrit à tous ceux qui pensaient qu’elle pourrait les aider dans leur vocation ou leur mission, sculpteurs, peintres, hommes de sciences, architectes ou responsables d’œuvres charitables. Ainsi se définissait l’étendue du domaine solidaire qu’elle avait créé, enclos en cet écrin superbe, ce magnifique Hôtel qu’à sa mort à Londres, en novembre 1943, elle nous laisserait afin que survive la mission qu’elle avait de sa seule initiative créée. Son héritage nous impose d’en conserver l’esprit, avec la rigueur mais aussi l’extraordinaire ouverture d’esprit qu’elle entretenait à l’égard de la création artistique, qu’elle fût musicale ou plastique, mais aussi de la pensée scientifique, sans pour autant négliger ce que son cœur, parfois, jugeait utile d’accomplir. C’est le devoir dont furent chargés ses héritiers successifs et c’est celui que son président et le conseil d’administration s’engagent à honorer avec le sentiment qu’il leur est confié l’incomparable possibilité de servir les arts et les sciences à la manière de l’inoubliable mécène que fut la princesse de Polignac. |